Le jargon des sciences du sport et de l’entraînement sportif est rempli de termes souvent mal compris : lactate, hypoxie, seuil ventilatoire, VO2max, capacité anaérobie…
Conçu pour stimuler la réflexion, voici un quiz Vrai ou Faux mettant l’accent sur les nuances terminologiques et les idées reçues.
Afin de trouver toute l’information nécessaire pour bien répondre au quiz, vous n’avez qu’à consulter le nouveau (mars 2026) glossaire des sciences du sport que j’ai rédigé avec des collègues de l’Université de Montréal (Denis Arvisais, bibliothécaire, et Philippe Parent, étudiant à la maîtrise) pour l’Institut national du sport du Québec, avec la participation de l’Office québécois de la langue française.
Pour consulter le glossaire, cliquez ici.
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1. Le terme « acclimatement » est recommandé pour désigner le processus d’adaptation physiologique à un environnement chaud.
Faux
Le terme acclimatement est déconseillé pour désigner le processus; on doit privilégier acclimatation pour décrire l’adaptation physiologique à l’environnement naturel.
2. À pH physiologique, l’acide lactique produit par les muscles se dissocie presque instantanément en lactate et en ions hydrogène.
Dans les conditions physiologiques du corps humain, l’acide lactique se dissocie rapidement, faisant du lactate la molécule prédominante dans l’organisme lors de l’effort.
3. C’est l’accumulation de lactate qui provoque directement l’acidose musculaire lors d’un effort intense.
Ce sont les ions hydrogène (H⁺) issus de l’hydrolyse de l’ATP qui sont responsables de l’acidose musculaire. Le lactate agit au contraire comme un tampon qui aide à transporter ces ions hors de la cellule.
4. L’expression acidose lactique décrit de façon appropriée l’acidification musculaire normale lors de l’exercice.
Ce terme devrait être réservé à une condition médicale pathologique, et non pour décrire le métabolisme normal à l’effort.
5. On peut dire qu’un muscle « se contracte » lorsqu’il effectue une action excentrique ou isométrique.
Le terme contraction musculaire est impropre pour une action excentrique ou isométrique, car le muscle ne se raccourcit pas. On doit parler d’action musculaire excentrique ou isométrique.
6. L’amotivation est simplement synonyme d’une fatigue passagère.
L’amotivation traduit un état profond de non-engagement et l’absence d’intention d’agir, ce qui est très différent d’une simple fatigue ou d’une démotivation temporaire.
7. Le terme capacité aérobie est le plus approprié pour désigner le potentiel d’endurance globale d’un athlète.
Ce terme est déconseillé car la notion de « capacité » évoque un réservoir fini, ce qui s’applique mal au métabolisme aérobie. Le terme exact est aptitude aérobie.
8. L’aptitude cardiorespiratoire évalue l’efficacité des systèmes à assurer l’apport et l’utilisation de l’oxygène.
C’est l’aptitude physiologique des systèmes cardiovasculaire, respiratoire et musculaire à travailler de concert lors de l’exercice.
9. En psychologie du sport, l’auto-efficacité est un parfait synonyme d’estime de soi.
L’estime de soi est une évaluation globale de sa valeur, tandis que l’auto-efficacité est la croyance spécifique en sa capacité à réussir une tâche précise.
10. La biomécanique du sport applique les lois de la mécanique pour optimiser la performance et réduire les blessures.
Elle étudie les relations entre le mouvement de l’athlète et les forces internes et externes.
11. La capacité anaérobie représente la vitesse maximale de production d’énergie par les filières non oxydatives.
C’est la puissance anaérobie qui représente la vitesse maximale. La capacité anaérobie correspond à la quantité totale d’énergie que ces filières peuvent fournir.
12. Une centrale inertielle est plus efficace qu’un GPS pour analyser la cinématique du geste en salle.
Grâce à ses accéléromètres et gyroscopes, elle mesure les mouvements en 3D même là où le signal GPS est inopérant.
13. La charge d’entraînement se définit uniquement par le volume d’heures ou de kilomètres accumulés.
C’est une quantité totale de sollicitation qui inclut le volume, l’intensité, le type d’exercice et la réponse individuelle.
14. La compétence motrice est un synonyme exact de physical literacy.
La compétence motrice n’est qu’une des composantes de la physical literacy, cette dernière englobant aussi des dimensions affectives et cognitives.
15. Le terme littératie physique est linguistiquement exact en français normatif.
Bien qu’utilisé institutionnellement, ce calque est fautif car la littératie réfère strictement aux capacités de lecture et d’écriture.
16. Les courbatures sont provoquées par l’accumulation d’acide lactique.
Elles proviennent d’une réponse inflammatoire liée à des microlésions musculaires (souvent d’origine excentrique). Le lactate est éliminé très rapidement après l’effort.
17. Les douleurs musculaires d’apparition retardée atteignent typiquement leur pic le jour même de l’effort.
Elles apparaissent entre 12 et 72 heures après un exercice inhabituel ou intense.
18. Le déficit énergétique relatif dans le sport (REDs) ne concerne que les femmes.
Ce syndrome englobe les deux sexes et a remplacé l’ancien concept plus limitatif de « triade de l’athlète féminine ».
19. Multiplier le degré de difficulté globale par la durée de la séance est la meilleure façon de quantifier la charge interne.
La durée influence déjà la perception de la difficulté globale de l’athlète; multiplier par le temps revient à compter la durée en double, biaisant l’évaluation.
20. La densité de la charge d’entraînement correspond à la concentration du travail dans le temps.
Elle est principalement déterminée par l’alternance entre les périodes d’effort et de récupération (plus le repos est court, plus la densité est élevée).
21. La dérive cardiaque décrit l’augmentation de la fréquence cardiaque lors d’un exercice d’intensité constante.
Elle permet de compenser la diminution du volume d’éjection systolique, souvent exacerbée par la déshydratation ou la chaleur.
22. Lors d’un désentraînement, la force musculaire régresse plus rapidement que l’aptitude cardiovasculaire.
C’est l’inverse : les qualités cardiovasculaires et métaboliques (comme le volume plasmatique) diminuent très rapidement, souvent avant la force.
23. Les déterminants de la performance n’incluent que les variables biomécaniques et physiologiques.
Ils incluent également les facteurs psychologiques, tactiques, techniques et environnementaux.
24. Le deuxième seuil ventilatoire (SV2) marque le moment où le muscle bascule dans une hypoxie cellulaire totale.
Le SV2 marque une augmentation de la ventilation pour expulser le CO₂ et compenser l’acidose, mais n’indique pas un manque d’oxygène.
25. La durabilité est la capacité de l’athlète à conserver ses paramètres physiologiques après un effort prolongé.
C’est un concept distinct du VO₂max, mesurant la stabilité des qualités physiques malgré l’accumulation de travail.
26. Efficacité biomécanique et rendement mécanique signifient exactement la même chose.
L’efficacité biomécanique est globale (incluant la technique et la coordination), alors que le rendement est un ratio énergétique précis (travail utile / énergie totale).
27. L’intensité de l’exercice et l’effort physique sont des synonymes parfaits.
L’effort désigne la mobilisation des ressources, alors que l’intensité en qualifie la magnitude objective ou subjective.
28. Les crampes musculaires sont uniquement causées par une perte d’électrolytes par la sueur.
Le lien entre électrolytes et crampes d’effort manque de preuves scientifiques solides; les crampes sont principalement d’origine neuromusculaire (fatigue locale).
29. L’endurance aérobie peut être vue comme la capacité à maintenir longtemps un haut pourcentage de son VO₂max.
Contrairement au V̇O₂max qui dicte la taille du « moteur », l’endurance aérobie dicte la capacité à exploiter ce moteur sur la durée.
30. L’entraînement avec restriction du flux sanguin nécessite l’usage de charges lourdes (80 % du 1RM).
Le BFR est particulièrement utile car il permet d’obtenir des adaptations musculaires importantes avec des charges très légères (20 à 40 % de 1RM).
31. L’entraînement concurrent vise le développement simultané de l’endurance aérobie et de la force/puissance.
Bien que bénéfique, il demande une gestion prudente pour éviter les effets d’interférence entre ces qualités.
32. En altitude, l’augmentation initiale de l’hématocrite est causée par une production immédiate de globules rouges.
Elle est d’abord causée par l’hémoconcentration (baisse du volume de plasma suite à l’hyperventilation et la déshydratation), avant que l’EPO ne fasse son effet.
33. Un seul entraînement en ambiance chaude suffit pour générer une acclimatation à la chaleur.
L’acclimatation exige un processus adaptatif d’exposition quotidienne sur une période typique de 7 à 14 jours.
34. L’entraînement excessif est exactement la même pathologie que le syndrome de surentraînement.
L’entraînement excessif est souvent transitoire et réversible en quelques jours, alors que le surentraînement est un état de fatigue profond exigeant une longue réhabilitation.
35. L’entraînement mental se pratique de façon aussi systématique et structurée que l’entraînement physique.
Il requiert une planification et une répétition régulière d’exercices cognitifs.
36. Le terme fractionné est le terme scientifique privilégié pour remplacer entraînement par intervalles (EPI).
EPI est le terme exact; fractionné est souvent ambigu et fait spécifiquement référence au fait de découper la distance d’une compétition cible.
37. Le modèle d’entraînement polarisé recommande de passer un maximum de temps en intensité intermédiaire (Zone 2 selon une nomenclature en 3 zones).
Le modèle polarisé stipule précisément que cette Zone 2 (la zone grise) doit être évitée ou réduite au minimum.
38. L’épuisement à l’effort est parfois un mécanisme de désengagement protecteur de notre cerveau plutôt qu’une faille musculaire absolue.
Lorsque la perception de l’effort dépasse la motivation maximale, le système nerveux central initie souvent l’arrêt pour préserver l’homéostasie vitale.
39. Une «équipe de soutien intégré » (ÉSI) se contente de regrouper des experts qui travaillent chacun de leur côté.
L’ÉSI fonctionne au contraire de manière coordonnée et non cloisonnée, autour de l’athlète et de l’entraîneur.
40. Un équivalent métabolique (MET) est une unité mesurant l’exigence d’une activité par rapport à la dépense d’énergie au repos.
Conventionnellement, 1 MET équivaut à l’énergie dépensée au repos.
41. L’état stable lactique maximal (ESLM) est toujours équivalent au seuil anaérobie mesuré lors d’un test progressif.
L’ESLM exige un effort continu à intensité constante pour identifier un plateau stable, ce qui diffère des mesures prises lors de paliers courts en laboratoire.
42. Exercice intermittent est le terme recommandé pour décrire la dynamique du tennis ou du soccer.
L’expression exercice fractionné est déconseillée pour décrire la nature intermittente d’un sport.
43. L’expérience optimale (en anglais : flow) inclut presque toujours une distorsion de la perception du temps.
C’est l’une des caractéristiques phares de cet état d’immersion totale, avec la fusion entre l’action et la conscience.
44. La fatigue centrale se produit dans la fibre musculaire, en aval de la jonction neuromusculaire.
Ce mécanisme décrit la fatigue périphérique. La fatigue centrale se situe dans le système nerveux central (cerveau, moelle épinière et motoneurones).
45. Un athlète possédant une grande « force mentale » est un athlète qui bloque complètement ses émotions.
La force mentale repose sur la gestion adaptative du stress et la flexibilité psychologique, et non sur la répression ou l’absence d’émotions.
46. La formule de Karvonen utilise la fréquence cardiaque de repos pour déterminer l’intensité relative.
Elle repose sur la fréquence cardiaque de réserve (FCmax – FC repos) pour mieux individualiser l’effort cible.
47. La fréquence cardiaque maximale d’un individu s’améliore significativement après un an d’entraînement en endurance.
La FCmax n’augmente pas avec l’entraînement; elle reste relativement stable ou peut même légèrement diminuer à cause des adaptations vagales.
48. En cas de manque de sucre dans le cerveau, les muscles peuvent exporter leur glycogène dans le sang.
Le glycogène musculaire est emprisonné localement car le muscle n’a pas l’enzyme pour le libérer, contrairement au foie qui maintient la glycémie grâce au glycogène hépatique.
49. Le terme glycolyse à haut débit remplace l’ancienne expression métabolisme anaérobie lactique.
Ce terme moderne corrige l’idée obsolète que l’apparition du lactate serait due à un manque d’oxygène au lieu d’un débit métabolique élevé.
50. Visualisation est le terme scientifique francophone le plus approprié pour décrire la préparation mentale.
L’usage du terme imagerie mentale est privilégié, car ce processus engage bien d’autres sens (kinesthésique, auditif, etc.) en plus du visuel.