Contre-la-montre : le prix physiologique du buste bas

On répète volontiers que la position idéale en contre-la-montre, c’est le buste le plus bas possible. Une équipe britannique a mesuré le coût métabolique de trois angles de tronc. Elle confirme qu’il y a un compromis optimal entre aérodynamisme et effort physique  qu’aucune soufflerie ne peut déterminer à elle seule.

À retenir

Passer d’un tronc à 24° à un tronc à 0° réduit la puissance moyenne soutenue sur un 20 min contre-la-montre et fait chuter le rendement mécanique brut. Le buste plus bas rapporte en traînée, mais coûte en watts au moteur.

La position optimale est un compromis à individualiser, pas une course vers le sol.

 

Christopher Fennell et ses collègues britanniques publient dans le Journal of Science & Cycling une étude sur le compromis à faire entre aérodynamisme et effort physique en contre-la-montre (CLM). Abaisser l’angle du tronc pour réduire le maître-couple pénalise-t-il la puissance soutenue et le rendement musculaire? Douze cyclistes bien entraînés (10 hommes, 2 femmes; VO2max moyen 68,6 mL/kg/min) sont passés au laboratoire à quatre reprises. Chaque visite : un CLM auto-régulé de 20 min sur ergocycle avec vélo de CLM ajustable, à trois angles de tronc — 0°, 12°, 24° — en ordre randomisé. Le rendement mécanique brut a été mesuré avant et immédiatement après.

Remco Evenepoel, « L’aerobullet »  !

La puissance moyenne soutenue en CLM diminue nettement quand le tronc s’abaisse : élevée à 24°, plus faible à 12°, plus faible encore à 0° — effet substantiel. Le rendement mécanique brut avant l’effort suit la même pente : 22,57 % à 24° contre 21,77 % à 0° — écart net entre les extrêmes. Après le CLM, le rendement chute dans les trois positions, sans que l’angle en change l’ampleur. Fréquence cardiaque et lactatémie de fin d’effort sont comparables, mais l’effort perçu est plus élevé à 0°. Le rendement n’explique toutefois qu’environ 11 % de la variabilité de la puissance soutenue.

Le buste plus bas coûte en watts, sans doute par contrainte mécanique, et gêne à la ventilation. Les auteurs rappellent qu’une baisse de 24° à 0° du tronc réduit d’environ 14 % la surface frontale.

Trois enseignements pour l’entraîneur :

  1. D’abord, ne pas viser le buste le plus bas comme un absolu : l’optimum dépend de la vitesse (au-delà de ~45 km/h, l’aérodynamique domine), du profil et de la durée.
  2. Ensuite, individualiser avec deux batteries — capteur aéro pour la traînée, laboratoire pour le rendement.
  3. Enfin, sur les épreuves longues (plus de 2 h), mettre l’accent sur l’optimisation de l’aptitude à pédaler à haute intensité davantage que sur l’aérodynamisme.

Réserves

  • 12 sujets (dont 2 femmes),
  • 3 incapables d’atteindre 0°,
  • un CLM court de 20 min.

La vraie question n’est pas « à quel point puis-je me plier? » mais « à partir de quand mon buste bas rapportera-t-il plus qu’il ne coûte? »


SOURCE SCIENTIFIQUE


En partenariat avec la Fédération Québécoise des Sports Cyclistes


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Guy Thibault

Professeur associé à l'École de kinésiologie et des sciences de l'activité physique, Faculté de médecine de l’Université de Montréal, Guy a été, de 2017 à 2022, directeur des Sciences du sport de l’Institut national du sport du Québec. Ses deux derniers livres sont des succès de librairie : Entraînement cardio, sports d’endurance et performance ; et En pleine forme, conseils pratiques pour s’entraîner et persévérer.

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