NATURE HUMAINE

Là où la science, l'expérience et la passion
pour l'activité physique, la performance et le plein-air se rencontrent

Entraînement - Équipement - Plein-air

Pourquoi faire plus d’activité physique ne permet pas automatiquement de maigrir ?
3-2-1-go

Les personnes en surpoids qui se mettent à faire plus d’exercice physique pour augmenter leur dépense énergétique éprouvent quand même de la difficulté à maigrir. La perte de poids est toujours inférieure à celle qu’on pourrait anticiper. Cela pourrait notamment s’expliquer par un apport énergétique alimentaire augmenté inconsciemment.

L’étude Effect of different doses of supervised exercise on food intake, metabolism, and non-exercise physical activity : The E-MECHANIC randomized controlled trial (2019) (menée à Maastricht, au Pays-Bas) indique que si l’effet sur le poids d’une augmentation du niveau d’activité physique est si décevant, c’est surtout parce que l’apport énergétique alimentaire est alors accru, involontairement.

Près de 200 sujets féminins et masculins en surpoids plus ou moins prononcé ont été assignés aléatoirement à trois groupes :

  • Groupe A : sans changement du niveau d’activité physique (groupe témoin) ;
  • Groupe B : avec entraînement s’accompagnant d’une dépense calorique de 8 kcal par kg de poids, par semaine (entraînement moyen) ;
  • Groupe C : avec entraînement s’accompagnant d’une dépense calorique de 20 kcal par kg de poids, par semaine (entraînement intensif).

Connaissant l’augmentation de la dépense calorique et la valeur énergétique d’un gramme de graisse corporelle, on a calculé la diminution du poids qui aurait théoriquement dû en découler (en principe, toute autre chose étant par ailleurs égale, on devrait perdre 1 kg de graisse dès lors que la dépense calorique aura augmenté de 7 700 kcal).

Au terme des 24 semaines de cette recherche, la perte de poids ne correspondait qu’à 36,2 % et 40,8 % de la valeur prédite pour, respectivement, les groupes B (entraînement moyen) et C (entraînement intensif). C’est très peu. Et c’est décourageant !

En fait, un pourcentage élevé des sujets des groupes B (42,4 %) et C (23,5 %) n’avait pas perdu du poids ou en avait pris. Cela arrive souvent dans les études où l’on tente de faire maigrir des sujets. Maigrir est toujours difficile !

Cherchant à savoir ce qui expliquait ce résultat décevant, les chercheurs ont examiné l’apport calorique des participants, au quotidien.

Celui-ci avait augmenté de 90,7 kcal/jour et de 123,6 kcal/jour au sein des groupes B et C, respectivement. Cette augmentation n’est peut-être pas étrangère au fait que, dès le début du programme d’amaigrissement, on a observé chez les participants un appétit accentué, et une envie plus prononcée pour les aliments sucrés.

Il est possible que l’écart entre le poids perdu et le poids qui aurait dû être perdu s’explique aussi par un autre phénomène : la diminution du métabolisme de repos face à la réduction du poids, comme si l’organisme cherchait à freiner la perte pondérale. C’est notamment ce qui ressort de beaucoup de recherches sur l’amaigrissement, où l’on avait pris soin de contrôler strictement l’apport énergétique par l’alimentation. On aborde ce sujet dans En guerre contre l’obésité.

Comme on l’explique dans Maigrir pour de bon est difficile : « pondérostat » , que l’apport calorique diminue ou augmente, l’organisme cherche en quelque sorte à maintenir le poids, un peu comme le thermostat dans une pièce tend à ramener la température ambiante au niveau de consigne chaque fois qu’elle a tendance à diminuer ou à augmenter (d’où le terme « pondérostat »).

Chose certaine, la recherche hollandaise est de qualité irréprochable : nombre élevé de sujets, séances supervisées par des professionnels, dépense calorique mesurée à l’aide d’une excellente méthode, taux d’abandon de seulement 10 %, etc.

Elle indique que si la perte de poids pendant un programme d’activité physique visant l’amaigrissement n’atteint pratiquement jamais le niveau anticipé, c’est notamment parce que la consommation accrue d’aliments face à une augmentation du niveau d’activité physique est inconsciente et imperceptible : le sujet ne se rend pas compte qu’il mange plus qu’avant.


Avec la participation de Dominique Poulain, nutritionniste sportive française


Vous avez aimé… Partagez !

Guy Thibault

Guy Thibault

Docteur en physiologie de l’exercice, Guy est directeur des Sciences du sport de l’Institut national du sport du Québec et professeur associé au Département de kinésiologie de l’Université de Montréal. Ses deux derniers livres sont des succès de librairie : Entraînement cardio, sports d’endurance et performance ; et En pleine forme, conseils pratiques pour s’entraîner et persévérer.

Aucun commentaire

Soyez le premier à laisser le vôtre !

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Inscrivez-vous à notre infolettre.

Recevez nos dernières fiches scientifiques et revues d'équipement.