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Maigrir pour de bon est difficile : « pondérostat »
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En général, les personnes qui réussissent à perdre du poids en réduisant leur apport énergétique alimentaire voient malheureusement leur poids augmenter rapidement dès qu’elles reprennent une alimentation « normale ».

Cet effet détestable pourrait s’expliquer par le phénomène de « pondérostat » : le poids a tendance à demeurer stable, même face à un changement de l’apport calorique ou de la dépense calorique.

C’est ce qui ressort de Experimental demonstration of human weight homeostasis : implications for understanding obesity (2004). Dans cette extraordinaire recherche doctorale (qui est pourtant demeurée en quelque sorte inaperçue), le chercheur espagnol A. E. Macias a mesuré très précisément son poids chaque jour pendant cinq périodes consécutives de 2 à 7 semaines, pour un total de 19 semaines, où son alimentation était iso-énergétique (maintien de l’apport calorique), hypo-énergétique (réduction de l’apport calorique) ou hyper-énergétique (augmentation de l’apport calorique).

 

Période, alimentationDurée (semaines)Changement de poids théorique (kg)*Changement de poids réel pendant la période (kg)Changement de poids réel depuis le jours 0 (kg)
1- Alimentation iso-énergétique : 2406 kcal/jour (équivalent à ce qu’il avait l’habitude de consommer, ce qui lui permettait de conserver un poids stable)2000
2- Alimentation hypo-énergétique : seulement 1494 kcal/jour (soit 37 % de moins que d’habitude)5-4,1-3,4-3,4
3- Alimentation iso-énergétique : 406 kcal/jour**30+2,9-0,5
4- Alimentation hyper-énergétique : 3294 kcal par jour (soit 37 % de plus que d’habitude)5+4,0+2,7+2,2
5- Alimentation iso-énergétique : 2406 kcal/jour**40-1,4+0,8

* En tenant pour acquis que toute autre chose étant par ailleurs égale, on devrait perdre ou prendre 1 kg de graisse dès lors que l’apport calorique aura diminué ou augmenté de 7 700 kcal, respectivement.

** Rappel : avant la phase 2, une telle alimentation iso-énergétique permettait au sujet de conserver un poids stable.

Première surprise : L’amaigrissement pendant la période 2 (restriction calorique ; 3,4 kg) est 18 % moins prononcé que ce qu’on se serait attendu à obtenir (4,1 kg).

Il est possible que l’écart entre le poids perdu et le poids qui aurait dû être perdu pendant la restriction calorique (période 2) s’explique par la diminution du métabolisme de repos face à la réduction de l’apport calorique (et du poids), comme si l’organisme freinait la perte pondérale.

Deuxième surprise : Le gain de poids pendant la période 4 (apport calorique accru ; 2,7 kg) est 33 % moins prononcé que ce qu’on se serait attendu à obtenir (4,0 kg).

L’écart entre l’augmentation réelle et théorique du poids pendant l’apport calorique accru (période 4), s’expliquerait par une augmentation du métabolisme de repos face à l’augmentation de l’apport calorique (et du poids), comme si l’organisme freinait le gain pondéral.

Troisième surprise : Après la période avec apport énergétique accru, le retour à une alimentation iso-énergétique (période 5) pendant 4 semaines s’accompagne d’une réduction du poids, alors qu’une telle alimentation « normale » permettait de maintenir le poids stable avant de débuter la diète amaigrissante.

On peut penser que cela s’explique par une métabolisme de repos demeurant élevé après la période d’alimentation hyper-énergétique. Le fait que le poids avait tendance à demeurer 0,8 kg plus élevé au terme de l’étude indique un « effet yo-yo » : avoir maigri augmenterait le risque de se retrouver avec un poids plus élevé qu’avant l’amaigrissement.

Bref, que l’apport calorique diminue ou augmente, l’organisme possède en quelque sorte un « pondérostat » de sorte qu’il résiste au changement de poids, un peu comme le thermostat dans une pièce tend à ramener la température ambiante au niveau de consigne chaque fois qu’elle a tendance à diminuer ou à augmenter.

Au mécanisme que nous décrivions dans Pourquoi faire plus d’activité physique ne permet pas automatiquement de maigrir ?, il s’ajouterait donc un mécanisme de pondérostat biologique qui atténue les changements de poids face à tout changement de la balance énergétique.


Avec la participation de Dominique Poulain, nutritionniste sportive française


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Guy Thibault

Guy Thibault

Docteur en physiologie de l’exercice, Guy est directeur des Sciences du sport de l’Institut national du sport du Québec et professeur associé au Département de kinésiologie de l’Université de Montréal. Ses deux derniers livres sont des succès de librairie : Entraînement cardio, sports d’endurance et performance ; et En pleine forme, conseils pratiques pour s’entraîner et persévérer.

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    Felix

    12 janvier 2020 #1 Author

    pouvez-vous SVP enlever mon adresse courriel qui s'est retrouvé à la place de mon nom svp?

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    Felix

    11 janvier 2020 #2 Author

    Merci M. Thibault, j'apprends qq chose à propos du 85%!
    Pour moi, les étudiants ont mangé qq frites + hamburger pendant leurs études ;).
    Autrement, est-il possible que le corps module l'énergie en variant le taux de métabolisme de ce qui est ingéré?
    Merci
    Félix

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    Félix

    7 janvier 2020 #3 Author

    Bonjour M. Thibault,

    Je ne comprends vraiment pas cette étude pour plusieurs raisons.
    1) D'où vient ce calcul de 1kg de graisse = 7700 kcal? Je pensais que le 1 g de gras = 9 kcal était un fait irréfutable???
    2) Même en prenant ce chiffre en compte, gagner 2.9 kg en 3 semaines lors de la phase 3 implique un surplus de 1063 kcal/jour!!! En assumant une dépense énergétique équivalente à la phase 1, ça impliquerait un métabolisme de base réduit de 44%. Ça me parait totalement impossible.

    Merci d'éclairer ma lanterne,

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    • Thibault

      Thibault

      8 janvier 2020 #4 Author

      Bonjour! Vous avez raison : 1 g de graisse pure équivaut à approximativement 9 kcal (pour être plus précis, 8,7 à 9,5 kcal/g). Ainsi, 1 kg de graisse pure a une valeur énergétique d’approximativement 9000 kcal.

      Mais attention! Le tissu adipeux corporel ne contient pas que de la graisse. En réalité, seulement approximativement 85 % du tissu adipeux est véritablement de la graisse (des triglycérides, c’est-à-dire des acides gras (90 %) et du glycérol (10 %)). Ainsi, en tenant compte de la composition du tissu adipeux corporel de l’humain, on constate qu’en principe il suffit d’un déficit énergétique d’environ 7700 kcal pour obtenir une perte de poids de 1 kg (l’auteur Macias fait plutôt référence à 7900 kcal/kg de tissu adipeux).

      Vous avez également raison d’affirmer que le gain de 2,9 kg pendant la phase 3 équivaut à un écart de 1063 kcal/jour, ce qui est très élevé. Malheureusement, l’auteur n’apporte pas d’explication dans son article. Je vais tenter de le joindre pour lui demander ce qu’il en pense, et je ferai rapport. Guy

      Répondre

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