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Force mentale : y’a pas que les muscles dans le sport !
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On sait qu’à qualités physiques, techniques et stratégiques égales, les athlètes qui font preuve d’une plus grande force mentale ont de meilleures chances de succès en compétition, sans compter qu’ils encaissent mieux l’entraînement intensif.

Mais qu’est-ce que la force mentale précisément, et comment peut-on l’améliorer ?

J’en ai discuté avec Christiana Bédard-Thom, doctorante en psychologie du sport à l’Université Laval et triathlonienne. Voici en bref ce qui ressort de l’interview.


Est-ce que la recherche permet de bien définir ce qu’est la force mentale ?

« C’est à partir des années 1950 qu’on s’est mis à étudier la force mentale dans le sport. Il n’y a pas encore consensus sur la définition de cet important déterminant de la performance. Mais globalement, les scientifiques croient aujourd’hui que si certaines personnes font preuve de plus de force mentale que d’autres, c’est parce qu’un certain nombre de leurs habiletés mentales sont bien développées. D’un scientifique à l’autre, ces habiletés diffèrent et sont plus ou moins nombreuses.

Pour ma part, je crois que la force mentale repose sur la combinaison de trois éléments :

  • la maîtrise de soi,
  • l’efficacité personnelle,
  • l’aptitude à se fixer des objectifs spécifiques et difficiles à atteindre.

Et je vois la force mentale comme « un muscle mental » qui serait sollicité lorsqu’un athlète est dans une situation stressante, qui menace l’atteinte de ses objectifs. C’est ce qui ressort des recherches que je mène dans le cadre de mes études doctorales, sous la direction des professeurs Christiane Trottier et Frédéric Guay. »

Est-il possible d’améliorer ces habiletés mentales ?

« Sur les terrains de sport, la force mentale est souvent perçue comme un trait de la personnalité. Certains sportifs profiteraient en tout temps et en toute situation d’une grande force mentale, d’autres non. Les premiers auraient plus de chances d’atteindre le haut niveau et les seconds seraient désavantagés. On trouve même des psychologues qui partagent cet avis.

Mais en réalité, tout sportif peut améliorer sa force mentale. Il s’agit d’appliquer des techniques et des stratégies d’entraînement particulières pour apprendre :

  • à mieux se maîtriser ;
  • à développer sa confiance dans ses aptitudes, à gérer ses peurs ;
  • à se donner des objectifs spécifiques et ambitieux et des moyens de les atteindre.

Il s’agit aussi, une fois que l’on s’est approprié ces techniques et ces stratégies, de les pratiquer en se mettant dans des situations difficiles à l’entraînement. »

C’est votre opinion ou c’est un fait avéré scientifiquement ?

« De plus en plus de recherches indiquent que la force mentale d’un sportif peut varier. Par exemple, une étude récente où l’on a mesuré à plusieurs reprises pendant 10 semaines la force mentale d’un groupe de sportifs révèle le caractère malléable de la force mentale : ce déterminant mental de la performance varie selon les circonstances. »

Est-ce qu’il existe une méthode reconnue d’amélioration de la force mentale ?

« Tous les préparateurs mentaux n’ont pas nécessairement la même technique. Mais celles qui donnent de bons résultats reposent sur un entraînement mental rigoureux de chacun des déterminants. Cela exige de bien les comprendre, de connaître le niveau de départ du sportif et de composer des séances d’entraînement mental efficaces. Le programme d’entraînement mental doit intégrer à la fois une phase d’apprentissage de techniques et de stratégies, et une phase de mise à l’épreuve afin de favoriser l’intégration par la pratique. »

On peut comprendre que la force mentale est mise à l’épreuve en situation stressante, et qu’elle dépend de la maîtrise de soi et des objectifs. Mais que voulez-vous dire par « efficacité personnelle » ?

« Le terme perception d’efficacité personnelle désigne les croyances personnelles qu’un individu entretient à l’égard de sa capacité à exécuter des actions spécifiques dans le but d’atteindre un objectif. Ce n’est pas, comme on pourrait le croire, une simple appréciation rationnelle de ses compétences.

C’est plutôt ce qu’un individu croit pouvoir faire de ses capacités dans des situations particulières. Autrement dit, une forme de confiance en soi spécifique à une situation donnée. Pour bonifier sa perception d’efficacité personnelle, l’athlète peut par exemple entretenir un discours interne positif.  »

Est-ce que les scientifiques connaissent suffisamment bien la force mentale dans le sport ?

« Les connaissances en cette matière ont beaucoup évolué au cours des dernières années. Mais il faut poursuivre les recherches pour mieux appréhender les déterminants de la force mentale, et pour cerner les meilleures formules d’entraînement mental. J’y travaille intensivement ! »


Avec la participation de Christiana Bédard-Thom.


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Guy Thibault

Guy Thibault

Docteur en physiologie de l’exercice, Guy est directeur des Sciences du sport de l’Institut national du sport du Québec et professeur associé au Département de kinésiologie de l’Université de Montréal. Ses deux derniers livres sont des succès de librairie : Entraînement cardio, sports d’endurance et performance ; et En pleine forme, conseils pratiques pour s’entraîner et persévérer.

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