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L’endurance, c’est quoi en fait ?
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Pas besoin d’être docteur en physiologie de l’exercice pour savoir que l’endurance est une qualité fondamentale dans les sports dits « d’endurance » ! Par définition, un bon athlète est capable de maintenir un effort intense pendant plusieurs heures. Et, justement, on assimile communément le concept d’endurance à cette aptitude à « endurer » le travail intense.

Vous vous doutez bien que l’endurance a une composante psychologique : les personnes qui n’ont aucune envie de « se pousser » ne réalisent évidemment pas de grandes prouesses. Et il est fort probable que parmi un groupe de personnes aux aptitudes physiques, techniques et tactiques semblables, ce sont celles qui sont les plus motivées qui auront la meilleure performance. On dira d’elles qu’elles sont dures à la douleur ; bref, qu’elles ont de l’endurance.

Cependant, la grande majorité des spécialistes croient que parmi les athlètes de haut niveau, la motivation est si élevée que c’est finalement la composante physiologique de l’endurance qui est déterminante. Mais justement, qu’elle est la véritable signification physiologique de l’endurance ?

Comme on l’indique dans le glossaire des termes d’entraînement, l’endurance est l’aptitude à maintenir une puissance relative élevée pendant une période de temps donnée, ou l’aptitude à maintenir longtemps une puissance relative donnée.

Si on veut mesurer votre endurance, on doit d’abord évaluer votre VO2max à l’aide d’un test sur tapis roulant ou sur ergocycle, par exemple. Puis après un ou deux jours de repos, on vous fait courir ou pédaler à un pourcentage donné de votre VO2max (ex. 85 % ou 90 %) jusqu’à ce que vous ne puissiez vraiment plus maintenir l’effort. Autre possibilité, après avoir mesuré votre VO2max, on vous demande de courir ou de pédaler à la plus haute intensité possible pendant un temps donné, par exemple 30, 60 ou 90 minutes. Vous avez compris qu’évaluation de l’endurance est synonyme de grande souffrance !

Le tableau présente les données d’évaluation de l’endurance de deux cyclistes. On constate que le cycliste A possède une endurance plus élevée que celle de B, que leur endurance ait été mesurée d’une manière ou d’une autre.

Résultats d’évaluation de cyclistes dont l’endurance diffère

CyclisteTemps maximal de pédalage à 80 % du VO2maxIntensité maintenue pendant un test maximal d’exactement une heure
A (endurance élevée)60 minutes80 % de son VO2max
B (endurance faible)30 minutes75 % de son VO2max

Au cours de mes recherches doctorales à l’Université de Montréal avec le professeur François Péronnet, nous avons proposé une définition plus concise de l’endurance :

« L’endurance est le taux de diminution de l’intensité relative au fur et à mesure qu’augmente la durée des épreuves. »

Cette définition peut ne pas vous paraître évidente, mais le principe est simple : plus l’épreuve est longue, plus l’intensité que l’on peut maintenir est basse. Mais cette diminution n’est pas la même chez tous les athlètes. L’intensité diminue rapidement chez les personnes qui ont une endurance faible, alors qu’elle diminue lentement chez celles qui ont une endurance élevée.

L’endurance est une qualité physique différente et indépendante du VO2max. Au cours de notre étude normative auprès de 2464 athlètes, nous avons découvert qu’il n’y avait aucune corrélation entre l’endurance et le VO2max. Il y a de grands athlètes qui ont une endurance plutôt faible : leur VO2max compense amplement. Par contre, les sujets dont le VO2max n’est pas très développé sont beaucoup moins bons, même si leur endurance est très grande et ce, même pour les épreuves très longues.

Comme l’indique le tableau, l’endurance est un déterminant dont l’importance grandit avec la durée des épreuves. Mais même pour une très longue compétition, l’endurance demeure beaucoup moins importante que le VO2max.

Importance relative du VO2max et de l’endurance, selon la durée d’une compétition d’endurance

Importance relative (en %)…
Épreuve maximale d’une durée totale d’environ…… du VO2max… de l’endurance… de la capacité anaérobie et d’autres facteurs
10 min9604
30 min9235
1 h8767
2 h 30 min721711

Bien sûr, parmi un groupe d’athlètes qui ont le même VO2max, ce sont ceux qui ont l’endurance la plus élevée qui seront les meilleurs. Mais les grands champions n’ont pas nécessairement une endurance élevée. En revanche, ils ont tous un VO2max très élevé.


Avec la participation de Myriam Paquette


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Guy Thibault

Guy Thibault

Docteur en physiologie de l’exercice, Guy est directeur des Sciences du sport de l’Institut national du sport du Québec et professeur associé au Département de kinésiologie de l’Université de Montréal. Ses deux derniers livres sont des succès de librairie : Entraînement cardio, sports d’endurance et performance ; et En pleine forme, conseils pratiques pour s’entraîner et persévérer.

  • Robert Boileau

    23 juin 2017 #2 Author

    Mais cette endurance peu elle se développer?

    Répondre

  • Errol

    1 avril 2018 #3 Author

    Bonjour
    Qu’est ce qui explique la fatigue dans l’effort d’endurance visant la performance d’un cycliste CLM de 1 heure ou d’un coureur de 21.1 km, niveau élite?
    On sait maintenant que ce n’est pas l’accumulation d’acide lactique,
    Comment s’explique le déclin de la capacité à maintenir l’intensité, ce n’est pas l’acide lactique ni le manque de glycogène?
    Qu’est ce qui fait qu’un athlète peut maintenir une PMA ou de sa VMA de 80% pendant par exemple 90 minutes mais pas pendant 2 heures?
    J'ai beau chercher je ne parviens pas à trouver d'écrit de recherches scientifique sur le sujet, Connaissant votre intérêt marqués pour la science et l'entrainement cardio j'aimerais savoir ce que vous en pensez???

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  • Romuald

    3 avril 2018 #4 Author

    Sur des épreuves de plusieurs dizaines de minutes (CLM 1h cycliste, semi-marathon), les intensités sont telles que les muscles utilisent principalement le glucose pour fournir l'énergie, à des puissances importantes. Les réserves en glycogène peuvent éventuellement limiter la performance en fin d'épreuve. Par ailleurs la lactatémie est loin d'être nulle sur ce genre d'épreuve : bien que cette filière soit active dans ce genre d'effort et concourt à la performance, elle est dispendieuse en glucose, ce qui aggrave la situation vis-à-vis des stocks de glycogène. En toute fin d'épreuve si le sportif accélère car il en a encore la capacité, la lactatémie pourrait finalement venir limiter la performance par acidose métabolique. Voir les travaux de V.BILLAT. https://goo.gl/5CoCJS

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