LA RACE ACROSS SERIES
La Race Across Series, fondée par Arnaud Manzanini, s’articule autour d’une idée simple : ouvrir l’ultracyclisme sans en atténuer l’exigence. Déployée dans plusieurs pays, dont la France, le Portugal et l’Espagne, elle propose différentes distances — de 200 à 2500 kilomètres — permettant d’entrer progressivement dans la longue distance, dans un cadre structuré mais engagé.
Le concept a été importé au Québec en 2024 avec la Race Across Québec (RAQ). L’événement reprend les bases de la série : plusieurs distances, des parcours sur route et un format en autonomie avec bases de vie.
COMMENT EST-IL ENTRÉ DANS L’ULTRACYCLISME?
L’ultracyclisme est arrivé dans la vie d’Arnaud Manzanini par une forme de lassitude, celle de tourner en rond, au sens propre comme au figuré. Cycliste compétiteur, il finit par en avoir « marre de tourner en rond tous les dimanches avec les mêmes coureurs. Je cherchais plus de sens à ma pratique », résume-t-il simplement. Le plaisir était encore là, mais quelque chose manquait.
Au hasard d’une recherche sur le web, il tombe sur la Race Across America (RAAM), une course qui traverse les États-Unis d’un océan à l’autre. À ses yeux, l’idée est démesurée, presque irréelle. C’est précisément ce qui l’accroche. À ce moment-là, il n’a jamais roulé plus de 200 kilomètres, mais il s’inscrit tout de même, une première fois en duo.
Ce qu’il découvre alors dépasse largement ses attentes, et même la simple question de la distance. La gestion de la fatigue, de l’alimentation, du sommeil : il découvre un monde en soi, et devient rapidement accro. La première expérience ne suffit pas. Elle ouvre plutôt une porte qu’il devient difficile de refermer. « Je me suis dit : il faut que j’aille au bout du processus, que je la fasse seul », explique-t-il.
Entre-temps, il accumule les kilomètres, les courses, les traversées. Puis vient le moment de repartir sur la Race Across America, en solo, sur 5 000 kilomètres. C’est là que le basculement s’opère vraiment. Il a enfin l’impression de s’abandonner complètement aux éléments. Seul son mental le guide, et cela suffit.
À force d’avancer, encore et encore, sans autre objectif que de continuer, il y a quelque chose de presque sisyphéen dans l’ultra, sauf qu’ici, la répétition n’épuise pas, elle transforme.
Étonnamment, il ne parle pas de performance ou de dépassement héroïque, mais d’un état dans lequel lutter devient inutile. Il faut accepter, avancer, recommencer. Pas de raccourci. Juste la route.
COMMENT EST-IL PASSÉ DE CYCLISTE À FONDATEUR DE LA RACE ACROSS SERIES?
Il pensait, en terminant cette épreuve, avoir atteint une forme d’aboutissement. Une parenthèse intense, après laquelle il reviendrait à une vie plus stable. Mais ce sera tout l’inverse. Il change complètement de trajectoire, décide de créer ses propres événements et développe au passage un autre rapport aux choses. Moins de tension, plus de recul, une manière différente d’aborder les décisions. Comme si des milliers de kilomètres avalés seul avaient réorganisé quelque chose en lui.
Reste une question : cette idée de Race Across Series lui est-elle venue sur le vélo? S’il est vrai que l’ultra ne force pas nécessairement la réflexion, sa réponse reste floue : « Tu pédales… tu fais des kilomètres… et après tu es incapable de dire à quoi tu pensais ». Difficile pourtant de croire que sa pratique n’y est pour rien. Même s’il dit ne pas chercher à réfléchir en roulant, l’ultra semble nourrir, à sa manière, ce qu’il construit aujourd’hui. Certaines idées n’ont peut-être pas besoin d’être pensées pour mûrir.
QUELLES SONT SES PRIORITÉS EN TANT QU’ORGANISATEUR?
Assez naturellement, Arnaud Manzanini glisse du rôle de coureur à celui d’organisateur. Son moteur principal est sans détour : l’envie de partage. Créer des événements devient une manière de prolonger ce qu’il a vécu, en l’ouvrant à d’autres, en le rendant accessible, sans pour autant en retirer l’essentiel.
D’où cette logique de progression, avec plusieurs distances, qui permettent aux participants d’entrer graduellement dans l’ultra, de se tester, de comprendre leur fonctionnement avant d’aller plus loin. Il ne s’agit pas de simplifier la discipline, mais de l’apprivoiser.
Dans la conception de ses événements, on retrouve cette recherche d’équilibre. Arnaud Manzanini s’inspire de son expérience, mais aussi d’autres disciplines d’endurance. Le modèle d’événements qu’il propose se situe entre deux extrêmes : autonomie totale ou assistance permanente. Il choisit une voie intermédiaire, avec des bases de vie qui offrent du support sans enlever l’engagement personnel.
Pour ce qui est du niveau de difficulté, on s’assure qu’il y en ait une, mais avec parcimonie.
Sa philosophie est claire : « Je ne veux pas être la course la plus dure au monde. Plus j’ai de finishers, plus je suis content. »
On sent une réelle sincérité dans le fait de vouloir former la relève, d’aider à débuter la longue distance dans un cadre rassurant. Et c’est précisément ce qui plaît.
QUEL RÔLE JOUE LE PARCOURS LORS DE SES ÉVÉNEMENTS?
Quand vient le temps de tracer les parcours, la consigne principale est simple : la beauté. Il faut que ce soit marquant, que l’expérience annoncée soit à la hauteur de ce que les participants viennent chercher, sans jamais perdre de vue la réalité du terrain. À cela s’ajoutent des critères très concrets : éviter la circulation, proposer des routes praticables. Mais l’idée reste la même : offrir quelque chose qui reste.
ORGANISER DES ÉVÉNEMENTS À L’ÉCHELLE DU QUÉBEC, EST-CE DIFFÉRENT?
Au Québec, le territoire prend une dimension particulière. Avec une superficie près de trois fois plus grande que la France métropolitaine, il permet d’imaginer autrement les parcours, notamment en proposant de véritables traversées, à une échelle qui n’existe pas en Europe. L’intégration de la Gaspésie à la distance de 2 500 km, à la RAQ en 2026, s’inscrit dans cette volonté de proposer des lieux forts, dont les participants se souviendront longtemps.
Mais Manzanini le souligne rapidement : ici, au Québec, ce n’est pas seulement le territoire qui marque, c’est aussi l’ambiance. « Il y a un enthousiasme, une bienveillance, une envie de partager », observe-t-il. Les familles, les bénévoles, les partenaires contribuent tous à créer une expérience plus collective, plus ouverte. L’ultra ne se vit pas seulement sur le vélo.
ENFIN, COMMENT L’ULTRACYCLISME NOUS TRANSFORME-T-IL?
Au bout du compte, l’ultracyclisme ne se résume ni aux kilomètres ni aux performances. Ce qui reste, ce sont des repères qui se déplacent, une manière différente d’aborder l’effort, mais aussi le reste. Et peut-être surtout, cette capacité à continuer, simplement, quand tout pousserait à s’arrêter.
Les 3 éléments les plus importants selon Arnaud Manzanini pour se lancer en ultracyclisme
VALIDER AVEC SES PROCHES
L’ultra est un engagement familial autant que sportif. Sans l’accord de ses proches, l’expérience n’est « pas optimale » — et elle le sera encore moins si cet accord est fragile.
PROGRESSIVITÉ
Ne pas viser trop gros trop vite. Y aller étape par étape, apprendre à se connaître avant d’allonger les distances. L’ultra récompense ceux qui ont pris le temps de se préparer.
SOIGNER L’ÉCLAIRAGE
Rouler de nuit fait partie de l’ultra. Investir dans de bons éclairages pour voir confortablement, être visible et réduire la fatigue oculaire — la qualité de l’expérience en dépend directement.

