En sprint, le choix du braquet ne doit rien au hasard.
Il n’y a pas de recette universelle : mouliner ou emmener gros dépend strictement du profil biomécanique de l’athlète. Une étude récente, menée chez 10 sprinters juniors médaillés sur piste, âgés de 15 à 19 ans, le confirme avec des chiffres précis.
Les chercheurs ont fait enchaîner à chaque coureur trois sprints maximaux de 5 à 12 secondes sur ergomètre, à des résistances croissantes (0, 0,7 et 1,2 N/kg), de manière à couvrir une large plage de cadences — de 60 à 250 rpm environ. Les capteurs de force des manivelles ont permis de reconstruire la relation force-cadence (linéaire, décroissante) et puissance-cadence (parabolique).
Le sommet de cette parabole, c’est la cadence optimale : celle où l’athlète atteint sa puissance maximale.
Le résultat marquant tient en une statistique : la cadence optimale moyenne se situe autour de 130 rpm, mais la plage observée dans l’échantillon va de 117 à 146 rpm, soit environ 20 % de variation entre cyclistes. Les autres paramètres biomécaniques varient encore plus : force maximale 40 %, puissance maximale 37 %, puissance de pointe 40 %. Autrement dit, deux sprinters morphologiquement comparables peuvent avoir des profils mécaniques radicalement différents, liés à la composition en fibres musculaires, à la structure musculaire et au niveau d’entraînement.
Sur le terrain, imposer le même développement à tous ses coureurs devient alors une erreur biomécanique. Certains se retrouvent « plantés » avec trop de force et pas assez de vélocité. D’autres tournent les jambes dans le vide sans pouvoir appliquer une tension suffisante. Dans les deux cas, le pic de puissance reste hors d’atteinte.
Comment identifier la cadence optimale de chaque coureur? On enchaîne quelques sprints maximaux brefs (5 à 12 secondes) à des résistances variées sur ergomètre — ou à différents braquets sur la piste — puis on ajuste une régression quadratique aux données pour repérer le sommet de la courbe puissance-cadence. Une nuance utile : cette cadence optimale n’est pas figée. Elle se déplace avec la fatigue accumulée au fil du sprint, ce qui complique le choix du braquet pour les efforts longs ou répétés. On ajuste ensuite le développement pour que la cadence optimale soit atteinte au moment-clé de la course. Une seule dent de différence sur le plateau ou le pignon peut libérer le plein potentiel d’un sprinter.
En partenariat avec la Fédération Québécoise des Sports Cyclistes