NATURE HUMAINE

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La Norvège : un pays où l’on se soucie…

Se soucier de l’environnement, de la nature, et de ses concitoyens fait partie du tissu social du peuple norvégien, et du quotidien de plusieurs milliers de celles et ceux qui le constituent.

Après quatre avions (Québec – Montréal – Reykjavík – Oslo -Tromsø), trois heures de bus et une heure de bateau, j’arrive enfin sur l’île de Senja. C’est là, au 69ième degré de latitude nord, au fin fond de la Norvège, que Helly Hansen* m’a donné rendez-vous pour faire connaissance avec la Norwegian People’s Aid (NFH – Norsk Folkehjelp), une étonnante brigade de sauveteurs bénévoles.


Ce long trajet a bien évidemment contribué à un substantiel déficit de sommeil. Mais ce n’était qu’un début. Et je ne parle pas ici de décalage horaire, car au nord de la Norvège au mois de juin, il ne fait jamais nuit. Il ne s’agit donc pas seulement de remettre ses pendules internes à l’heure locale, mais aussi de savoir écouter sa montre quand elle nous dit qu’il est temps d’aller dormir, et cesser de croire qu’il est 5 heures de l’après-midi quand il est 3 heures du matin !


Fondé en 1939, cet organisme norvégien œuvre à travers le monde principalement dans l’aide humanitaire, le déminage et le développement coopératif. C’est toutefois par sa branche locale (avec des ramifications aux quatre coins de la Norvège) que j’en ai appris davantage. Composé d’environ 12 000 bénévoles citoyens, dont plus de 2000 sont des sauveteurs certifiés, ce service de secourisme et de premiers soins participe aux efforts de sauvetage et de recherche de personnes disparues, tant en milieux urbains qu’en plein air.

Avec une population de 5,3 millions, c’est donc dire que 2 norvégiens sur 1000 sont formés et disposés à aller prêter secours.

Deux de ceux-ci sont Fred-Arne Danielson et Vegard Standahl Olsen, avec qui j’ai eu le plaisir de passer quelques jours tout en profitant des montagnes et de l’océan qui constituent le panorama de Senja.

Fred-Arne est l’un des chefs de l’équipe de l’île. Menuisier de métier, il a débuté sa « carrière » de bénévole il y a 8 ans. Bon an mal an, il participe à environ la moitié de la vingtaine de missions de recherche et de sauvetage déployées sur l’île, sans compter les innombrables sorties volontaires dans le but d’assurer une présence préventive, particulièrement aux sites de plein air les plus achalandés, où les falaises et le climat peuvent surprendre à tout moment.

Sa plus mémorable opération fut la recherche (et le sauvetage) d’un randonneur disparu alors qu’il faisait l’ascension du vertigineux pic Segla, dont les falaises peuvent mener à une chute libre de plusieurs centaines de mètres jusque dans l’océan. Le malheureux fut surpris par un dense brouillard et s’est aventuré sur un escarpement.

Résultat : il s’est retrouvé sur une mini corniche à 50 mètres au dessous du sentier, d’où il fut incapable de s’échapper.

Une fois l’alerte donnée, près de 24 heures ont été requises afin de se rendre sur place pour finalement le trouver complètement détrempé et sur le point de défaillir. L’équipe de Fred-Arne a ensuite dû le hisser jusqu’au sentier à l’aide d’une corde, le tout toujours dans un épais brouillard. Il est inutile de mentionner que cet événement restera à jamais gravé dans la mémoire du rescapé, mais aussi dans celles des sauveteurs !

Les dénouements lors des missions de sauvetage ne sont (bien évidemment) pas toujours aussi heureux. C’est ce qu’a connu Vegard en janvier 2019, alors qu’il fut appelé sur les lieux d’une avalanche dans la vallée de Tamok. Une fois sur place, les membres des équipes de sauvetage ont rapidement réalisé que leurs efforts ne permettraient pas de retrouver les skieurs en vie. Des recherches intensives ont néanmoins été effectuées et après deux semaines, trois des défunts ont été retrouvés. Vegard, qui prend part à environ 50 missions de recherche par an, est un employé à plein temps de la NFH. Son travail consiste à encadrer la formation et la gestion des équipes de bénévoles du nord du pays. Il m’explique que ce malheureux événement leur a néanmoins permis de parfaire le déploiement des équipes de recherches ainsi que leur méthodes d’action.

Premiers intervenants

La NFH maintient actives des équipes dans presque tous les recoins de la Norvège. En région éloignée, la police et les services de secours étant loin, les bénévoles sont donc très souvent les premiers intervenants, et quand les situations ne sont pas trop complexes, les seuls à intervenir. Son budget annuel d’environ 5 millions de dollars (la moitié provient du gouvernement, le reste est issu de campagnes de levée de fonds) ne lui permet que de modestes moyens ; chaque région possède des véhicules d’urgence semi-équipés en ambulance, des motoneiges, mais pas d’hélicoptère. Se rendre à une personne en détresse peut donc parfois être (tragiquement) long.

© Bård Basberg – Helly Hansen

Vocation et dévouement

En plus de ne recevoir aucune compensation financière, les bénévoles doivent s’acquitter eux-mêmes des dépenses reliées aux vêtements officiels et à leur trousse personnelle de sauvetage, qui avoisinent les 2000$ ! Ils doivent aussi suivre des cours (sans frais) d’une soixantaine d’heures de premiers soins et de secourisme à tous les trois ans. Des qualifications supplémentaires sont aussi requises dans les régions où des techniques de secourisme sont nécessaires (avalanches, secours maritimes…).

Quand je demande à Fred-Arne ce qui le motive à consacrer autant de temps et d’énergie à la NFH, il me répond sans hésiter : « parce qu’il n’y rien de plus satisfaisant que de pouvoir aider et se sentir utile… ».

Les employeurs des bénévoles doivent aussi s’investir en consentant à laisser partir leurs employés (et les payer !) quand une mission de recherche est déployée. Et cela, jusqu’à cinq missions par année. Mais comme le précise Fred-Arne, s’il se voit appelé une sixième fois, son patron va inévitablement rétorquer : « si tu penses que tu peux faire une différence, vas-y ! ».

Se joindre à la NFH c’est s’intégrer à une grande famille. Souvent, les opérations de sauvetage (ainsi que celles de prévention) sont des moments forts de rencontres entre amis. Et pour ceux qui habitent en régions éloignées, là où la nature domine, il s’agit d’un fort incitatif à sortir s’en régaler régulièrement, car pour être un bon secouriste, rien ne vaut une excellente connaissance du terrain.

Lors de mon séjour j’ai pris part à une des simulations d’opération de recherche auxquelles les bénévoles sont régulièrement conviés. À la base de l’emblématique pic Segla, nous devions effectuer une battue pour retrouver un randonneur épuisé et déshydraté qui avait disparu lors de la descente.

En plus d’être témoin de la mise en œuvre d’une telle opération, j’ai pu constater à quel point les bénévoles sont dévoués et fiers de s’impliquer auprès de cet organisme qui fait partie intégrante du tissu social norvégien.

© Helly Hansen

Senja : un joyau caché au nord du cercle polaire arctique !

La Norvège, comme bien des pays nordiques, possède de nombreux territoires éloignés qui attirent de plus en plus d’adeptes de plein-air en quête d’aventures. Senja est l’un de ses endroits. Située au delà du cercle polaire arctique, on ne se rend pas sur l’île de Senja par hasard. Mais les efforts logistiques et monétaires (pour ceux qui peuvent se le permettre – la Norvège est un pays très dispendieux) en valent la chandelle. Mais, vus d’un autre angle, ces efforts font en sorte que l’achalandage n’y est pas (encore) exponentiel.

En plus de gravir Segla en compagnie de l’équipe de la NFH, j’ai eu la chance de faire une sortie en kayak de mer en plein soleil de minuit. Si le soleil était voilé par un doux brouillard, la mer était d’un miroir absolu, l’eau limpide et le ciel diaphane.

© Bård Basberg – Helly Hansen

Au large, nous accostions sur de minuscules îles aux plages de sable blanc. Si la température (et les vêtements que je portais !) n’avait pas été là pour me rappeler que j’étais en arctique, j’aurais facilement pu me croire dans les Caraïbes ou aux Maldives !

Outre la randonnée et le kayak de mer, Senja est une destination parfaite pour les adeptes d’escalade et de ski de montagne qui apprécient les endroits peu développés, où de nouveaux sentiers peuvent toujours être battus…

Cette courte escapade m’a rappelé combien l’arctique, par ses beautés multiples et l’intransigeance de son climat, peut facilement encourager l’esprit rêveur à se laisser aller à l’introspection et aux remises en question ;

et combien les peuples scandinaves maintiennent toujours une longueur d’avance sur le reste des occidentaux, en terme de souci de l’environnement et de sa protection, et de souci de son prochain. Longue vie au modèle scandinave !


Quelques faits sur la Norvège qui vont plairent aux pleinairistes

  • Par souci environnemental et afin de ne pas troubler la paix des skieurs et promeneurs en montagne et en forêt, le ski héliporté est interdit en Norvège ! Ceux qui veulent s’offrir des « lignes » en terrains vierges doivent d’abord mettre leurs peaux d’ascension et travailler un peu. Comme le disent les irréductibles : il faut mériter ses virages :  » earn your turns  » !
  • La motoneige « récréative » libre est également interdite. On peut seulement la pratiquer sous l’encadrement d’un voyagiste commercial autorisé et seulement dans certaines régions désignées.
  • Et la cerise sur le sundae  : le camping « sauvage » est permis partout en Norvège. Et les norvégiens à qui j’en parlais étaient tous très fiers de cette tradition et semblaient y tenir mordicus, sauf peut-être une ou deux personnes travaillant dans le développement de l’hébergement touristique !

Pour en savoir plus sur le Norwegian People ́s Aid : www.npaid.org

* Helly Hansen est l’un des principaux commanditaires de la NFH.


Une version de cet article a initialement été publiée dans www.espaces.ca


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Xavier Bonacorsi

Photographe, kinésiologue, constructeur et disciple de la maxime : « la vie se passe dehors »; Xavier écrit pour divers magazines de photographie, d'entraînement, de santé et de plein-air.