NATURE HUMAINE

Là où la science, l'expérience et la passion
pour l'activité physique, la performance et le plein-air se rencontrent

Entraînement - Équipement - Plein-air

Vélo de montagne et vie sexuelle !

Sujet sur lequel on peut aimer s’étendre : la sexualité !
Quels liens peut-on faire entre pédaler et performer au pieu ? Et pédaler peut-il affecter la fertilité ?

On pourrait presque assimiler les ébats sexuels à une forme d’entraînement complémentaire à l’entraînement cycliste. La fameuse étude de Masters et Johnson (1966) indique qu’au cours de la phase d’excitation sexuelle, on observe une augmentation du « tonus » des muscles longs des bras et des jambes, quelques contractions involontaires des muscles de la région abdominale, de même qu’une augmentation du rythme de contraction des muscles intercostaux. Le tout accompagné d’une élévation… de la fréquence respiratoire. Au faîte de l’orgasme, le corps entier devient rigide durant un moment.

Dans une recherche, on a comparé la dépense énergétique de l’homme suivant les quatre scénarios suivants : 1) faire l’amour (l’homme au-dessus de la femme) ; 2) faire l’amour (la femme au-dessus de l’homme) ; 3) stimulation de l’homme par la femme sans pénétration ; 4) autostimulation. C’est la première situation qui mène aux valeurs les plus élevées de fréquence cardiaque, de pression artérielle et de consommation d’oxygène (reflet de l’intensité de l’exercice). La fréquence cardiaque atteint un niveau correspondant à 67 % de la fréquence cardiaque maximale au moment de l’orgasme. C’est beaucoup, mais pour nous vététistes, les ébats amoureux n’occasionnent pas nécessairement un effort physique suffisamment élevé pour améliorer notre aptitude cardiorespiratoire, car nous profitons déjà d’une bonne forme.

Quelques études menées tant auprès d’animaux que d’humains montrent qu’une vie sexuelle bien remplie est un gage de longévité. Incidemment, l’espérance de vie est moins élevée chez les membres du clergé catholique que chez ceux du clergé protestant !

Il est possible qu’un vététiste qui revient épuisé d’une sortie endiablée soit moins intéressé par l’activité sexuelle en raison de l’important effort physique qu’il a fourni. Toutefois, on entend souvent des vététistes prétendre « qu’il n’y a rien de tel que de faire l’amour après une bonne sortie en sentiers ». Chose certaine, les hommes qui font beaucoup d’exercice physique présentent des taux de testostérone plus élevés dans le sang.

Mais, attention ! Le taux de testostérone est plus faible chez les vététistes surentraînés. L’entraînement trop intensif peut donc s’accompagner d’une baisse de la libido. Comme quoi la modération a bien meilleur goût.

On peut penser que la pratique d’activités aérobies comme le VTT est susceptible d’améliorer la vie sexuelle pour les raisons suivantes.

  1. L’augmentation de la concentration de testostérone dans le sang et l’amélioration de la fonction cardiovasculaire accompagnant l’entraînement peuvent engendrer une meilleure irrigation des organes génitaux, et par conséquent une érection plus prononcée et maintenue plus longtemps.
  2. Les personnes en bonne condition physique se fatiguent moins rapidement et sont moins limitées dans le choix de gestes et de mouvements amoureux.
  3. L’amélioration du tonus musculaire obtenue par l’entraînement peut s’accompagner d’une augmentation de l’intensité du plaisir sexuel, l’orgasme suscitant une activité musculaire particulièrement intense.
  4. L’entraînement peut améliorer l’estime de soi et l’apparence physique, et ainsi procurer des dispositions psychologiques propices à une activité sexuelle valorisante.

Est-ce que les vététistes qui s’entraînement vraiment beaucoup risquent d’avoir des problèmes de fertilité ?

On sait depuis plusieurs années que l’entraînement intensif peut, dans certains cas, provoquer une diminution de la fréquence des menstruations ou un arrêt complet du cycle menstruel. Dans ce cas, la conception n’est évidemment pas possible. Toutefois, les cas de dérèglement du cycle menstruel associés à l’entraînement ne sont pas très fréquents, surviennent seulement chez les femmes qui s’entraînent énormément et qui sont particulièrement maigres ou qui restreignent drastiquement leur apport énergétique alimentaire. Heureusement, cette altération du cycle menstruel est transitoire et réversible. En général, dès que la charge d’entraînement est réduite, le cycle menstruel reprend.

Par ailleurs, plusieurs femmes déclarent au contraire que leur cycle menstruel s’est régularisé lorsqu’elles sont passées d’un mode de vie sédentaire à un mode de vie physiquement actif. Donc, globalement, chez les femmes, le cyclisme affecte très rarement la fécondité. Et en général, celles qui sont touchées ne le sont que de façon transitoire.

On n’a jamais établi de lien causal entre la pratique d’activités physiques et l’infertilité chez l’homme, comme on l’a établi chez certaines femmes. Lorsqu’un sportif masculin infertile cesse de s’entraîner, il ne redevient pas fertile comme c’est le cas pour les femmes ayant subi un dérèglement transitoire de leur cycle menstruel.

Des recherches indiquent que l’entraînement peut dans certains cas affecter la qualité du sperme. D’autres révèlent une diminution de la mobilité du sperme de cyclistes professionnels au cours de la période de compétition, par rapport à des non-cyclistes et par rapport à d’autres moments de l’année. On a attribué ce phénomène à des caractéristiques physiques propres au cyclisme, en l’occurrence au stress mécanique que peuvent subir les testicules et la température élevée du scrotum. Mais attention ! Une diminution de la mobilité du sperme n’indique pas nécessairement un problème de fertilité.

On entend parfois dire que le cyclisme pourrait être un facteur de risque de la dysfonction érectile. Il est vrai que la pression périnéale prolongée pendant les longues sorties peut parfois provoquer des paresthésies périnéales (engourdissements, picotements, douleur ou même perte totale de sensation au niveau du scrotum, de la base du pénis et même sur la face dorsale du pénis). Il faut souligner que le risque de dysfonction érectile n’augmente pas beaucoup avec la pratique cycliste intensive. En réalité, la pratique intensive du cyclisme est un bien pâle facteur de risque de la dysfonction érectile quand on le compare aux facteurs importants que sont l’hypertension artérielle, le diabète, la dyslipidémie, l’abus d’alcool, le tabagisme, etc.

Chose certaine, accroître son niveau d’activité physique cardiovasculaire augmente le taux de testostérone dans le sang, améliore la fonction érectile, surtout chez les hommes qui ont un surplus de poids, permet des ébats amoureux plus gratifiants et plus fréquents, tant pour les femmes que pour les hommes, et s’accompagne d’une « fonction » plus efficace pendant l’acte et d’un taux plus élevé d’orgasmes satisfaisants.

Et le VTT n’a pas en soi d’effets négatifs sur la fertilité, sauf peut-être dans les cas graves de surentraînement.

Source : The Sexual Response as Exercise – A Brief Review and Theoretical Proposal (1990)

Pour en savoir davantage

Thibault G. Entraînement cardio, sports d’endurance et performance. Vélo Québec Éditions, Collection Géo Plein Air, 264 p., 2009.

Thibault G. En pleine forme, conseils pratiques pour s’entraîner et persévérer. Vélo Québec Éditions, Collection Géo Plein Air, 192 p., 2013.


Vous avez aimé… Partagez !

Guy Thibault

Guy Thibault

Docteur en physiologie de l’exercice, Guy est directeur des Sciences du sport de l’Institut national du sport du Québec et professeur associé au Département de kinésiologie de l’Université de Montréal. Ses deux derniers livres sont des succès de librairie : Entraînement cardio, sports d’endurance et performance ; et En pleine forme, conseils pratiques pour s’entraîner et persévérer.

Aucun commentaire

Soyez le premier à laisser le vôtre !

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *