Que penser de la mode de l’entraînement avec restriction du flux sanguin ?
La restriction du flux sanguin (BFR – Blood Flow Restriction) — ces brassards gonflables qu’on serre autour des cuisses pendant l’effort — fait couler beaucoup d’encre. On lui prête la capacité de multiplier les adaptations musculaires à moindre charge, et certains entraîneurs se demandent déjà si on peut combiner cet outil avec l’entraînement par intervalles (EPI) pour accélérer les gains chez des cyclistes compétitifs. La question est légitime. Une réponse vient de paraître!
Zambolin et ses collègues ont soumis 17 cyclistes masculins de niveau national, route et montagne (VO₂max moyen de 67 ml/kg/min), à un microcycle de 5 séances d’EPI — 6 répétitions de 5 minutes entrecoupées de 2,5 minutes de récupération — réalisées soit avec, soit sans BFR aux cuisses. Les deux groupes étaient appariés sur l’effort perçu (effort perçu : 17–19 sur l’échelle de Borg), ce qui signifie que le groupe avec brassard pédalait à 42 % moins de watts (177 W contre 307 W) tout en rapportant un effort comparable et une fréquence cardiaque identique.
RÉSULTAT
Résultat principal : aucune différence entre les groupes pour la puissance maximale soutenue sur 5 minutes (amélioration d’environ 4 % de part et d’autre — au-dessus du plus petit gain digne d’intérêt chez ce type d’athlète), ni pour le VO₂max, ni pour la capillarisation et les enzymes mitochondriales mesurées par biopsie. Un seul résultat musculaire diverge : l’aire de section des fibres rapides (type 2) recule d’environ 17 % dans le groupe sans brassards, alors qu’elle progresse d’environ 14 % avec BFR — un signal à prendre avec prudence vu la forte variabilité interindividuelle.
Pour l’entraîneur, le message est plus subtil qu’il n’y paraît : le stimulus déterminant n’est pas la puissance absolue au pédalier, mais le degré de sollicitation neuromusculaire et métabolique. La BFR permet d’atteindre ce stimulus à des puissances bien moindres.
Voilà sa valeur réelle : moduler la charge mécanique en bloc intensifié, ou ramener un cycliste blessé vers les adaptations de l’EPI sans lui imposer la pleine charge.
Cela dit, une seule étude ne suffit pas à clore le débat. Le microcycle ici ne durait que 6 jours, et il n’y avait pas de groupe témoin; on ignore si des protocoles plus longs ou des athlètes différents donneraient les mêmes résultats. La BFR ne remplace pas l’effort maximal en EPI; elle ouvre une voie pour le produire autrement.
En partenariat avec la Fédération Québécoise des Sports Cyclistes