Réduire l’entraînement par intervalles (EPI) en saison ?

En pleine saison de compétition, doit-on réduire la charge d’entraînement intermittent ?

On arrive en pleine saison de compétitions et le dilemme frappe tout entraîneur : comment maintenir les acquis sans brûler la chandelle par les deux bouts? Plusieurs craignent que l’accumulation des jours de course et de l’entraînement par intervalles (EPI) mène droit au surentraînement, et la tentation est forte de lever le pied. Est-ce vraiment la stratégie optimale pour un cycliste qui vise un sommet de forme?

Mateo-March et ses collègues ont analysé sur saison complète les données de puissance et de fréquence cardiaque de 28 cyclistes masculins du World Tour, en découpant la saison en trois phases — pré-saison, pré-compétitive, compétitive. Ce qu’ils observent va à contre-courant de l’idée reçue. Le volume et la charge (TSS, travail mécanique) augmentent fortement de la pré-saison à la pré-compétition, puis se stabilisent : ni effondrement, ni nouveau pic en phase compétitive. Seul le dénivelé hebdomadaire continue de monter, reflétant le terrain réel des courses. La distribution d’intensité, elle, demeure pyramidale dans toutes les phases — mais la part d’EPI progresse, passant d’environ 4,6 % en pré-saison à 8,3 % en pré-compétitive, avant de se stabiliser à 7,3 % en compétitive. En parallèle, la puissance critique, la PAM et le VO₂max sont en moyenne supérieurs de 3 % en course par rapport à l’entraînement.

Pour le cycliste compétitif, le message est clair : la clé n’est pas de réduire l’EPI à l’approche des courses, mais d’en ajuster le poids relatif dans une semaine qui reste à dominante aérobie.

Concrètement, on peut intégrer une ou deux séances d’EPI ciblées en milieu de semaine (ex. : micro-intervalles 30/30, ou répétitions de quelques minutes à une intensité proche de la PAM), tout en gardant les deux tiers du volume hebdomadaire à basse intensité — ratio que pratiquent les pros, et non le 80/20 souvent évoqué pour des athlètes plus généralistes.

Attention toutefois : cette intensification ne peut tenir que si la récupération est surveillée. Si le sommeil se détériore, si la VFC chute, si la perception d’effort grimpe à l’entraînement sans qu’on aille plus vite, mieux vaut sauter une séance d’EPI au profit d’une sortie de récupération active. Les pros tiennent ce volume parce qu’ils ont autour d’eux une infrastructure de récupération que l’amateur n’a pas — la transposition se fait avec modestie. À noter aussi : l’étude ne porte que sur des hommes, et ne lie pas directement les choix d’entraînement aux résultats en course.


SOURCE
Mateo-March, M. et coll. (2025). Training strategies of World Tour cyclists: Periodization and load distribution across a competitive season. Scandinavian Journal of Medicine & Science in Sports


En partenariat avec la Fédération Québécoise des Sports Cyclistes


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Guy Thibault

Professeur associé à l'École de kinésiologie et des sciences de l'activité physique, Faculté de médecine de l’Université de Montréal, Guy a été, de 2017 à 2022, directeur des Sciences du sport de l’Institut national du sport du Québec. Ses deux derniers livres sont des succès de librairie : Entraînement cardio, sports d’endurance et performance ; et En pleine forme, conseils pratiques pour s’entraîner et persévérer.

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