Variabilité de la fréquence cardiaque

Pour ajuster l’intensité chez les cyclistes expérimentés, la variabilité de la fréquence cardiaque (VFC) suffit-elle?

Question d’entraîneur, très concrète : un coureur se réveille avec une VFC basse, une fréquence cardiaque au repos un peu haute et des jambes « ordinaires ». Annule-t-on la séance intensive? Pas automatiquement. On commence par regarder si les signaux racontent tous la même histoire.

L’étude d’Alfonso, Clarke et Capdevila teste justement cette idée. Après 9 jours de référence, 28 cyclistes masculins expérimentés ont suivi 31 jours de recommandations individualisées — séance intense, séance facile ou repos. Trois approches étaient comparées. Tous enregistraient chaque matin leur RMSSD (l’indice de VFC le plus utilisé, reflet du tonus parasympathique) et un score de bien-être combinant sommeil, fatigue, courbatures et stress. Ce qui changeait entre les groupes était ce sur quoi reposait la recommandation du jour : VFC seule; VFC plus bien-être; ou VFC, bien-être et fréquence cardiaque au repos.

Le contraste est net. Le groupe « VFC seule » n’a pas montré de progression significative sur les tests pré-post. Le groupe qui combinait les trois indicateurs a progressé sur 5 min, 20 min et FTP — par exemple, 5 min passant de 310 à 338 71 W. Le bénéfice du bien-être se voit même sur les efforts courts : le groupe VFC + bien-être progresse aussi significativement sur 1 min vs le groupe VFC seule.

Une réserve s’impose : l’échantillon final est très réduit, avec 8, 12 et 8 participants par groupe, l’attrition a atteint 76 % du pool admissible, et seules les comparaisons sur 1 min et 5 min atteignent la signification statistique. Pour le 20 min et la FTP, il s’agit davantage d’un signal prometteur que d’une preuve robuste.

Reste l’enseignement pratique. Un chiffre isolé ne devrait pas gouverner la séance : une VFC basse peut signaler de la fatigue, ou refléter une mesure prise autrement, une mauvaise nuit, un déplacement, du stress non sportif ou simplement du bruit. Le meilleur usage n’est pas de chercher l’indicateur miracle, mais de vérifier la convergence. Si VFC, fréquence cardiaque au repos et bien-être pointent dans la même direction, on adapte la séance.

Si un seul indicateur s’écarte, on regarde la tendance sur quelques jours plutôt que de modifier le plan le matin même.

Et on standardise la mesure — même moment, même position, même outil — sinon on enregistre du bruit. VFC, fréquence cardiaque au repos et bien-être ne remplacent pas l’œil de terrain; ils obligent à être plus cohérent. On entraîne un cycliste, pas une courbe.


SOURCE
Alfonso, C., Clarke, D. C., et Capdevila, L. (2025). Individual training prescribed by heart rate variability, heart rate and well-being scores in experienced cyclists. Scientific Reports.


En partenariat avec la Fédération Québécoise des Sports Cyclistes


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Guy Thibault

Professeur associé à l'École de kinésiologie et des sciences de l'activité physique, Faculté de médecine de l’Université de Montréal, Guy a été, de 2017 à 2022, directeur des Sciences du sport de l’Institut national du sport du Québec. Ses deux derniers livres sont des succès de librairie : Entraînement cardio, sports d’endurance et performance ; et En pleine forme, conseils pratiques pour s’entraîner et persévérer.

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