Dans notre quête perpétuelle de la performance sportive optimale, la controverse sur la meilleure stratégie de course vient de connaître un nouveau rebondissement. L’étude Fluctuating running speed during 10-km running elevates physiological strain publiée en février 2025 dans l'International Journal of Sports Physiology and Performance apporte un éclairage décisif qui contredit les affirmations de certains mathématiciens français.
En 2018, j'avais critiqué dans ces pages (« Pacing » idéal en course à pied ») une étude française qui prétendait, contre toute logique, qu'une stratégie de course avec variations de vitesse permettrait « d'économiser de l'énergie » par rapport à une vitesse constante. Je ne connais aucun entraîneur de course de fond qui approuve cette idée.
Eh bien, des chercheurs japonais de l'Institut des sciences du sport d'ASICS viennent de donner raison aux entraîneurs chevronnés, en démontrant scientifiquement que les fluctuations de vitesse augmentent significativement la charge physiologique lors d'une compétition de 10 km.
Dix coureurs d'endurance masculins entraînés ont participé à cette étude rigoureuse. Chacun a effectué deux courses de 10 km sur tapis roulant selon deux protocoles distincts : 1) Une course à vitesse constante maintenue à 80 % de leur consommation maximale d’oxygène (VO₂max); 2) Une course à vitesse fluctuante alternant entre 75 % et 85 % de leur VO₂max tous les 600 mètres.
Contrairement à l'étude française que j'avais critiquée en 2018 (dont la mathématique était irréprochable, mais qui souffrait de défauts théoriques majeurs sur le plan physiologique), les chercheurs japonais ont montré qu’avec une vitesse fluctuante, la consommation d'oxygène moyenne était plus élevée (48,6 contre 47,1 mL/kg/min), la ventilation pulmonaire était plus importante (95 contre 87 L/min), l’accumulation de lactate sanguin était nettement supérieure (4,5 contre 2,9 mmol/L). Comme on pouvait s’y attendre face à de telles différences, la perception d'effort était aussi globalement plus élevée.
Ces données confirment ce que les principes de physiologie de l'exercice et de biomécanique suggéraient depuis longtemps : les variations de vitesse sont plus coûteuses énergétiquement.
Les chercheurs affirment clairement que l'utilisation d'une vitesse de course fluctuante comme stratégie de course pendant une épreuve de longue distance peut avoir un impact négatif sur la performance de course par rapport à la stratégie de vitesse de course constante.
Ces résultats valident ce que j'affirmais dans ma chronique de 2018 : pour optimiser votre temps de performance en course à pied, une allure constante reste indiscutablement la stratégie la plus efficiente sur le plan énergétique.
Si les élites mondiales adoptent souvent des stratégies à vitesse variable lors des championnats (avec des fluctuations tout de même modérées, de 0,25 à 0,5 m/s par kilomètre), ce n'est pas pour économiser de l'énergie, mais plutôt pour fatiguer leurs adversaires en leur imposant un coût énergétique plus élevé!
Les chercheurs japonais le confirment en affirmant que dans les compétitions de classe mondiale telles que les Jeux olympiques et les Championnats du monde d'athlétisme, certains coureurs choisissent la vitesse de course fluctuante comme stratégie d'allure pendant la course pour induire une plus grande fatigue chez les autres coureurs en compétition, indépendamment de leur temps final.
Pour les coureurs amateurs visant leur record personnel, le message est clair : maintenez une allure constante (sauf, il va sans dire, si le parcours est vallonné ou si le vent change). Pour les coureurs d'élite en compétition tactique, les variations de vitesse restent une arme stratégique, non pas pour économiser leur propre énergie, mais pour épuiser celle de leurs adversaires.
Gardez le cap!
Références
Aftalion, A. & J. F. Bonnans (2014) Optimization of running strategies based on anaerobic energy and variations of velocity. Portail INRIA.HAL.SCIENCE.
Sumi, D., Takii, Y., Abe, S., & Sakaguchi, M. (2025). Fluctuating running speed during 10-km running elevates physiological strain. International Journal of Sports Physiology and Performance.
Thibault, G. « Pacing idéal en course à pied ».










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