Vélo de montagne : le tri se fait au dernier tour

L’école classique du pacing recommande de se garder pour la fin. Une équipe brésilienne a analysé toute une saison de Coupe du monde de cross-country olympique : tout le monde part à fond, mais tous ne finissent pas à la même vitesse.

À retenir

Sur 802 courses de la saison 2015 de vélo de montagne, le tour initial se pédale 6 à 8 % plus vite que la vitesse moyenne, chez les hommes comme chez les femmes, chez les élites comme chez les U23.

C’est le tour final qui trie les athlètes : les élites tiennent leur intensité, les moins bien classés décrochent.

Everton Crivoi do Carmo et ses collègues brésiliens signent dans le Journal of Science & Cycling une analyse rétrospective de la saison 2015 de Coupe du monde UCI de cross-country olympique (XCO-MTB). Circuits courts, sections techniques, goulots d’étranglement : la stratégie de course varie-t-elle selon le niveau, l’âge ou le sexe? Les auteurs ont exploité les résultats publics de l’UCI (six manches et le Championnat du monde de Vallnord) — 802 courses analysées : 272 hommes élites, 170 femmes élites, 247 U23 masculins, 113 U23 féminines — chacune découpée en quatre segments et normalisée en pourcentage de la vitesse moyenne.

Premier constat : tout le monde part vite. Le tour initial se pédale entre 105,8 % (femmes élites) et 107,7 % (U23 féminines) de la vitesse moyenne, puis chute autour de 99 % dès la mi-course. Le tour final, lui, trie les athlètes. Chez les élites masculins, les 20 % du haut roulent à 99,1 % contre 96,9 % pour les 20 % du bas — écart net. Même profil chez les élites féminines : 100,0 % contre 96,9 %. Chez les U23, aucune différence appréciable. Les U23 féminines partent plus fort que leurs aînées, mais paient l’addition à la fin (97,1 % contre 100,0 %).

Le départ éclair tient moins de la physiologie que de la tactique : sur un circuit de 4 à 6 km, la position après le premier tour conditionne la suite.

Trois enseignements pour l’entraîneur

  • Entraîner d’abord le tour initial en surrégime, par sprints répétés à haute intensité.
  • Différencier ensuite les priorités : chez les élites, durabilité et blocs en fatigue avancée; chez les U23 féminines, calibrer le départ par répétitions de premiers tours à intensité contrôlée.

Réserves

Aucune donnée de puissance, cadence ou fréquence cardiaque, ni sur les conditions de circuit.

En XCO-MTB, le « garde-toi pour la fin » se cogne à la géographie du parcours. Ce qui distingue les grands cyclistes, ce n’est pas de partir moins vite; c’est d’être encore là quand les autres ont explosé.


SOURCE SCIENTIFIQUE


En partenariat avec la Fédération Québécoise des Sports Cyclistes


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Guy Thibault

Professeur associé à l'École de kinésiologie et des sciences de l'activité physique, Faculté de médecine de l’Université de Montréal, Guy a été, de 2017 à 2022, directeur des Sciences du sport de l’Institut national du sport du Québec. Ses deux derniers livres sont des succès de librairie : Entraînement cardio, sports d’endurance et performance ; et En pleine forme, conseils pratiques pour s’entraîner et persévérer.

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