Le lactate, accusé à tort de tous les maux

Depuis plus d’un siècle, on lui colle sur le dos la fatigue, les brûlures dans les cuisses et même les douleurs musculaires du surlendemain. Pourtant, sa fiche d’identité physiologique raconte une tout autre histoire.

À retenir

MYTHE — Le lactate est responsable de la fatigue, de l’acidose et des douleurs musculaires.

RÉALITÉ — Le lactate n’est ni un déchet ni responsable de la fatigue ou des courbatures : ce sont les ions H⁺ qui acidifient le muscle. Le lactate joue plutôt un rôle utile comme source d’énergie et comme tampon.

En pratique, il est donc inutile de chercher à « l’éliminer » par de longues récupérations actives; l’entraîneur doit plutôt interpréter un pic de lactatémie comme un indicateur d’intensité de l’effort et de capacité anaérobie.

L’idée que le lactate empoisonnerait les muscles remonte à plus d’un siècle de physiologie.

Les premiers chercheurs constataient une élévation concomitante de la lactatémie et de l’acidose lors d’efforts intenses, et ils ont conclu — un peu vite — que la seconde découlait du premier.

La langue courante a fait le reste : « avoir de l’acide lactique dans les jambes » est devenu synonyme de jambes brûlantes, et le lactate s’est retrouvé associé pêle-mêle à la fatigue, aux crampes et aux douleurs musculaires du surlendemain. Or, à pH physiologique (entre 6,9 et 7,1 dans la cellule musculaire), l’acide lactique se dissocie quasi instantanément en lactate (C₃H₅O₃⁻) et en ions hydrogène (H⁺).

Ce sont ces H⁺ — issus principalement de l’hydrolyse de l’ATP lors d’efforts de haute intensité — et non le lactate, qui sont responsables de l’acidose musculaire. La conversion du pyruvate en lactate consomme même un proton : le lactate agit donc comme tampon, et non comme acidifiant.

Mieux encore : il est exporté hors de la cellule par les transporteurs moléculaires dont la densité augmente d’ailleurs avec l’entraînement. Une fois en circulation, le lactate sert de substrat énergétique préférentiel pour le cœur, le cerveau et les fibres musculaires oxydatives, ou de précurseur de glucose dans le foie, via le cycle de Cori.

Quant aux douleurs musculaires d’apparition tardive, elles découlent de microlésions structurales provoquées par les actions excentriques, et n’apparaissent que 12 à 72 heures après l’effort, soit bien après que le lactate a été éliminé.

Concrètement, plusieurs habitudes d’entraînement perdent leur fondement. Inutile de programmer une longue récupération active dans le seul but « d’évacuer le lactate » : il sera consommé dans les 90 minutes suivant l’effort.

Inutile, aussi, de craindre les pics de lactatémie comme des marqueurs de dommage musculaire : ils renseignent simplement sur l’intensité de l’effort, sur l’aptitude aérobie et, surtout, sur la capacité anaérobie. Le lactate mérite enfin sa réhabilitation : c’est un partenaire métabolique, pas un coupable.


SOURCES SCIENTIFIQUES


En partenariat avec la Fédération Québécoise des Sports Cyclistes


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Guy Thibault

Professeur associé à l'École de kinésiologie et des sciences de l'activité physique, Faculté de médecine de l’Université de Montréal, Guy a été, de 2017 à 2022, directeur des Sciences du sport de l’Institut national du sport du Québec. Ses deux derniers livres sont des succès de librairie : Entraînement cardio, sports d’endurance et performance ; et En pleine forme, conseils pratiques pour s’entraîner et persévérer.

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