Au-delà de la puissance aérobie maximale, de l’endurance aérobie et de la capacité anaérobie, une quatrième qualité distingue les grands cyclistes : la durabilité, soit l’art de rester performant quand la fatigue s’accumule. Et il y a de bonnes raisons de croire qu’elle s’entraîne.
À retenir
La durabilité est la capacité à maintenir sa puissance malgré l’accumulation de la fatigue. Ce quatrième déterminant de la performance distingue les cyclistes de l’élite mondiale.
Elle se développe avec les années de pratique, la musculation avec charges lourdes et des entraînements spécifiques simulant la fatigue de fin de course.
Depuis des décennies, on résume la performance en sports d’endurance à trois qualités : la puissance aérobie maximale (PAM), l’endurance aérobie et la capacité anaérobie. Or, depuis le début des années 2020, des chercheurs proposent un quatrième déterminant : la durabilité, c’est-à-dire la capacité à résister à la fatigue lorsque les efforts s’additionnent, comme au fil des kilomètres d’une longue course ou des étapes d’un Grand Tour.
Une des études phares sur le sujet est signée Xabier Muriel. En relevant la puissance maximale moyenne sur des durées allant de 5 secondes à 30 minutes chez 15 coureurs lors de la Vuelta 2020 (8 d’équipes World Tour, 7 d’une équipe ProTeam), son équipe a mesuré la durabilité non seulement au fil des semaines, mais surtout à mesure que la dépense énergétique s’accumulait au cours d’une même étape (évaluée en kilojoules par kilo de poids corporel, ou kJ/kg).
Les résultats sont particulièrement éclairants : en première semaine, à l’état frais (0 kJ/kg), il n’y a presque aucune différence de puissance brute entre les deux groupes (les World Tour n’étant supérieurs que sur l’effort de 30 minutes). En revanche, après avoir accumulé 35 kJ/kg de travail mécanique dans l’étape, la puissance des ProTeam s’effondre beaucoup plus vite sur presque toutes les durées d’effort. Ce déclin face à la fatigue intra-étape s’accentue encore davantage lors des deuxième et troisième semaines de course.
Fait très intéressant, l’étude a également analysé la « répétabilité », c’est-à-dire le nombre de fois où les coureurs étaient capables de produire un effort à plus de 95 % de leur puissance maximale. Sur ce point, aucune différence n’a été notée entre les World Tour et les ProTeam.
Autrement dit, ce qui sépare les bons coureurs des très grands, ce n’est pas de faire plus d’attaques (répétabilité), mais d’être capable de générer beaucoup plus de puissance lors de ces relances en fin de course, dans un état de fatigue avancée (durabilité).
Si l’étude de Muriel s’attarde sur le constat de cette différence au plus haut niveau, la science de l’entraînement offre des pistes pour développer cette qualité. Bonne nouvelle : la durabilité grimpe naturellement au fil de la carrière — du junior au World Tour.
Peut-on l’entraîner plus directement?
Les données convergent. La musculation avec charges lourdes et répétitions explosives améliore l’efficacité du coup de pédale et la force des fibres de type I : on recrute alors moins de fibres de type IIa pour une puissance donnée, ce qui épargne le glycogène et en laisse davantage pour les relances décisives. Le renforcement des muscles stabilisateurs aide aussi à tenir la position malgré la fatigue, un atout important pour les courses de plusieurs heures.
On peut penser que l’entraînement en sandwich améliore la durabilité : un premier bloc de fractions intenses (ex. 5, 4, 3, 2 et 1 min, avec récupération active de 1 à 4 min), puis 1 à 2 h à intensité intermédiaire, puis un second bloc de fractions à reproduire le plus fort possible — de quoi habituer l’organisme à performer déjà entamé.
Enfin, la durabilité n’est pas que musculaire : les travaux de Guillaume Millet montrent qu’en ultra-endurance, une large part de la perte de force vient du système nerveux central.
Une réserve, toutefois : certains chercheurs voient dans la durabilité un simple sous-produit de l’endurance plutôt qu’une qualité indépendante, et les études rigoureuses sur l’entraînement spécifique de la durabilité manquent encore. Le concept reste donc à confirmer, mais il offre déjà une grille de lecture utile pour comprendre pourquoi, à vélo, les derniers survivants ne sont pas toujours les plus puissants à froid.
SOURCES SCIENTIFIQUES
- Durability and repeatability of professional cyclists during a Grand Tour. Muriel, X. et coll. (2022).
En partenariat avec la Fédération Québécoise des Sports Cyclistes