Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la créatine !

La créatine donnerait des muscles plus puissants… et ruinerait les reins. Entre la poudre miracle et le poison, que peut vraiment en attendre quelqu’un qui s’entraîne?

Dans l’univers des suppléments, la créatine occupe une place à part : peu de produits ont été autant étudiés. Elle traîne pourtant une double réputation. Pour les uns, c’est l’arme secrète des sprinters et des adeptes de la musculation; pour les autres, un danger pour les reins. Pour vous, la vraie question est ailleurs : pour qui, pour quel type d’effort, et à quel prix, notamment sur le pèse-personne?

Voici ce que les synthèses de recherche citées permettent d’affirmer, et ce qu’elles ne permettent pas.

À quoi sert la créatine dans le muscle?

La créatine est un composé azoté que l’organisme fabrique à partir de trois acides aminés — l’arginine, la glycine et la méthionine — et qu’on trouve aussi dans la viande et le poisson. Dans le muscle, une bonne partie est stockée sous forme de phosphocréatine, qui régénère rapidement l’ATP. C’est particulièrement pertinent lors d’efforts brefs et intenses.

Notre alimentation en fournit-elle assez?

On en trouve dans les aliments d’origine animale, et l’organisme peut aussi en synthétiser. La majeure partie de la créatine corporelle — environ 95 % — se trouve dans le muscle squelettique, où une part importante est sous forme de phosphocréatine. Les études citées ici ne permettent pas d’établir une équivalence universelle entre une dose de supplément et une quantité précise de viande ou de poisson.

La supplémentation augmente-t-elle vraiment les réserves?

Oui. L’augmentation des réserves musculaires fait partie des effets les mieux établis. L’ampleur varie toutefois d’une personne à l’autre.

Deux façons de faire. La phase de « charge » correspond généralement à environ 20 g par jour, répartis en plusieurs prises, pendant 5 à 7 jours. Elle sature rapidement les réserves. Elle n’est pas indispensable : une prise quotidienne plus faible augmente aussi les réserves, plus lentement ; le protocole lent décrit dans la revue est de 3 g par jour pendant au moins 28 jours.

Améliore-t-elle la performance sportive?

Oui, mais pas n’importe laquelle. Son intérêt est surtout documenté lorsque des efforts très brefs et intenses se répètent avec peu de récupération. Une méta-analyse de 14 essais randomisés, à double insu et contrôlés par placebo, portant sur les sprints répétés — 4 à 20 sprints de 10 secondes au plus, séparés par 90 secondes au plus — après 3 à 7 jours d’environ 20 g par jour, montre une hausse de la puissance moyenne sur l’ensemble des sprints, mais pas de hausse statistiquement significative de la puissance de crête ni de la résistance à la fatigue.

Traduction pour vous : la créatine peut être pertinente à tester à l’entraînement dans des intervalles courts à très haute intensité ou des efforts brefs répétés. En revanche, les résultats d’un test de sprints répétés ne garantissent pas un gain de performance dans une partie de soccer, de hockey, de squash, un tournoi de tennis ou une compétition de boxe : ce transfert reste moins bien documenté. La créatine augmente les réserves de phosphocréatine ; elle n’a pas démontré ici une hausse de la puissance de crête.

Et en musculation?

C’est là que les données sont les plus solides dans le corpus fourni. Chez des adultes de moins de 50 ans, une méta-analyse de 12 études estime qu’ajoutée à la musculation, la créatine augmente la masse maigre d’environ 1,14 kg de plus que la musculation seule. La masse maigre inclut l’eau corporelle : une partie du gain initial peut donc refléter une augmentation de l’eau, ce qui complique l’interprétation d’un gain de masse maigre comme du muscle « pur ». Sur les 4 à 11 semaines étudiées, la méta-analyse ne permet pas de chiffrer précisément la part attribuable à l’eau et celle attribuable à l’hypertrophie.

Pour une personne qui suit un véritable programme de musculation, le résultat le mieux étayé ici est un gain moyen supplémentaire de masse maigre mesuré sur quelques semaines. L’intérêt pratique dépend donc aussi de l’objectif personnel et de l’acceptation — ou non — d’un gain de masse corporelle.

Et pour les sports d’endurance?

Chez des sportifs entraînés, une méta-analyse de 13 études, soit 277 participants, ne trouve pas d’amélioration significative de la performance d’endurance avec la créatine monohydrate : l’effet global est trivial et compatible aussi bien avec un léger bénéfice qu’avec un léger désavantage. Dans ce corpus, la créatine n’est donc pas un moyen démontré d’améliorer la performance d’endurance.

S’ajoute la question du poids. Dans la méta-analyse sur les sprints répétés, une charge courte était associée à environ 0,79 kg de masse corporelle supplémentaire par rapport au placebo. Pour une personne de 65 kg, cela représente environ 1,2 % de masse en plus à transporter. Cette méta-analyse ne précisait pas la composition de ce gain.

La créatine pourrait néanmoins être pertinente à étudier dans des sports d’endurance ponctués d’accélérations, par exemple lorsque les relances comptent beaucoup. Il s’agit toutefois d’une hypothèse pratique : les données du corpus fourni ne permettent pas de confirmer un bénéfice spécifique dans ces sports.

Quels sont ses effets secondaires?

Dans les études examinées ici, le gain de masse corporelle à court terme est l’effet le plus prévisible. Les sources fournies ne permettent pas de chiffrer de façon fiable la fréquence des troubles gastro-intestinaux, des crampes ou de la déshydratation chez les adultes en bonne santé aux doses usuelles. Si une personne choisit d’essayer la créatine, mieux vaut le faire pendant une période d’entraînement, afin d’observer sa tolérance et l’évolution de sa masse corporelle avant une compétition importante.

Et les reins?

C’est la crainte la plus répandue. Une méta-analyse récente chez des adultes, et une revue systématique plus limitée chez les adolescents, ne rapportent pas de signal cohérent d’atteinte rénale attribuable à la créatine dans les populations et durées étudiées. Cela ne vaut pas comme preuve d’innocuité dans toutes les situations, notamment en cas de maladie rénale chronique non dialysée.

Le piège est ailleurs. La créatine peut augmenter légèrement la créatinine sanguine, le marqueur couramment utilisé pour estimer la fonction rénale. Dans une méta-analyse de 26 essais et 1 036 participants, la créatinine augmentait et le débit de filtration glomérulaire calculé à partir de la créatinine semblait diminuer. En revanche, le débit de filtration glomérulaire évalué avec le Cr-EDTA — un marqueur qui ne dépend pas de la créatinine — ne changeait pas de façon significative. Ce décalage est compatible avec un effet sur le marqueur plutôt qu’avec une baisse démontrée de la filtration rénale ; il doit être interprété dans le contexte clinique de la personne.

Conséquence pratique : une personne qui prend de la créatine devrait le signaler avant une prise de sang, pour éviter qu’une créatinine un peu élevée soit interprétée sans tenir compte de la supplémentation. Une personne ayant une maladie rénale, particulièrement une maladie rénale chronique non dialysée, ou prenant des médicaments susceptibles d’affecter les reins, devrait en discuter avec un médecin ou un pharmacien avant d’en prendre.

Et chez les adolescents?

Question cruciale pour les parents et les jeunes athlètes. Chez les adolescents, une revue systématique n’a recensé que cinq études, incluant des populations hétérogènes et parfois cliniques. Les données à court et moyen terme ne font pas ressortir de signal cohérent d’atteinte rénale, hépatique ou cardiométabolique, mais elles restent insuffisantes pour établir la sécurité à long terme chez de jeunes athlètes en bonne santé. L’absence de preuve de danger ne constitue pas une preuve d’absence de danger. Chez un jeune, les gains à aller chercher sont d’abord dans l’entraînement, la technique, l’alimentation et le sommeil ; la prudence reste donc de mise.

Comment la prendre?

Les protocoles examinés décrivent surtout une charge courte ou une prise quotidienne régulière ; ils ne permettent pas d’établir une heure de prise optimale. L’important est de suivre le protocole choisi de façon régulière.

Dans la méta-analyse portant sur la musculation, l’ajout de glucides ne s’est pas accompagné d’un gain supplémentaire de masse maigre. Cette analyse ne permet toutefois pas de conclure sur les effets des protéines, du moment de prise ou de la rétention musculaire de créatine. Il n’y a donc pas, sur la base de ce résultat de composition corporelle, de raison démontrée d’accompagner ses 3 à 5 g d’une grosse boisson sucrée.

Les études examinées ici ne permettent pas de trancher la question d’une interaction entre la créatine et la caféine. Cette question exige une source spécifique avant d’être présentée comme une recommandation.

Accélère-t-elle la récupération?

Les documents fournis ne permettent pas de conclure sur la récupération après l’exercice, les courbatures, l’amplitude articulaire, l’inflammation ou la créatine kinase. Ces affirmations exigent les méta-analyses spécifiques correspondantes avant d’être intégrées à la capsule.

Quel produit choisir?

La créatine monohydrate est la forme étudiée dans les synthèses directement pertinentes ici. Cela justifie d’en faire la forme de référence dans cette capsule. En revanche, les études fournies ne comparent pas systématiquement les formes commercialisées — chlorhydrate, citrate, ester éthylique ou formes « tamponnées » — et ne permettent donc pas, à elles seules, de conclure à l’absence de supériorité de ces produits.

La qualité du produit peut varier dans le monde réel : pureté, exactitude du dosage et contamination potentielle ne sont pas nécessairement celles des produits employés dans les études. Pour un athlète soumis à l’antidopage, le choix d’un produit certifié par un programme indépendant reconnu demeure une précaution raisonnable, à vérifier selon les règles de son sport et de son pays.

Alors, à qui la recommander?

Chez un adulte en bonne santé qui suit un programme de musculation, la créatine monohydrate peut augmenter le gain de masse maigre mesuré sur quelques semaines. Après une charge courte, elle peut aussi améliorer la puissance moyenne lors de sprints très brefs répétés. En revanche, elle n’améliore pas globalement la performance d’endurance chez les sportifs entraînés, et son gain de masse corporelle peut être un désavantage dans les activités où il faut déplacer son poids. Chez les adolescents et les personnes ayant une maladie rénale, le niveau de preuve impose une prudence supplémentaire.

Une réflexion éditoriale — pas un résultat mesuré dans les méta-analyses : un supplément ne remplace ni l’entraînement, ni la récupération, ni l’alimentation, ni le sommeil. Avant de considérer la créatine, il importe d’abord de mettre ces fondations en place, puis de l’envisager comme un complément possible, jamais comme un raccourci.

En nutrition sportive, demander « Est-ce que ça marche? » ne suffit pas. Les bonnes questions sont : pour qui, pour quoi, de combien, et avec quel degré de certitude?

Sources scientifiques


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Guy Thibault

Professeur associé à l'École de kinésiologie et des sciences de l'activité physique, Faculté de médecine de l’Université de Montréal, Guy a été, de 2017 à 2022, directeur des Sciences du sport de l’Institut national du sport du Québec. Ses deux derniers livres sont des succès de librairie : Entraînement cardio, sports d’endurance et performance ; et En pleine forme, conseils pratiques pour s’entraîner et persévérer.

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