Sprint sur piste : la capacité avant les watts

On répète aux sprinters piste qu’il faut viser la puissance de pointe toute l’année. Une équipe néo-zélandaise a analysé douze semaines d’entraînement de 25 pistards pour vérifier si cette recette produit vraiment les meilleurs progrès.

À retenir

Chez 25 sprinters sur piste de niveau national, les plus grosses progressions de puissance sur 30 s (+200 W et plus) sont venues de ceux qui ont d’abord construit leur capacité (puissance sur 2 min) avant de pousser la vitesse dans le dernier bloc.

Les cyclistes déjà « pointus » mais faibles en capacité ont, eux, peu progressé.

Hamish Ferguson, Chris Harnish et J. Geoffrey Chase, de l’Université de Canterbury, publient dans le Journal of Science & Cycling une étude observationnelle sur la progression des sprinters piste durant un cycle. Vingt-cinq jeux de données Strava (sprinters masculins de niveau national) ont été extraits sur douze semaines menant à un championnat. Chaque période est découpée en trois blocs de quatre semaines, avec la puissance moyenne maximale (PMM) sur 30 s (vitesse) et sur 120 s (capacité).

Objectif : voir quelle trajectoire dans le plan « 30 s vs 120 s » produit les plus grands progrès.

Les cyclistes ont été regroupés selon leur gain sur 30 s : gros gain (>200 W), gain moyen (100 à 200 W), petit gain (<100 W). Les gros progrès sont venus d’athlètes situés au bloc 1 sous la ligne de référence (beaucoup de capacité, peu de puissance de pointe). Ils ont travaillé leur capacité au premier bloc, poussé au-dessus au deuxième, puis maximisé la puissance sur 30 s au troisième — une progression « du long au court ». Les gains moyennement élevés sont venus d’athlètes déjà sur la ligne. Les petits gains, d’athlètes au-dessus (pointe forte, capacité insuffisante) qui n’ont pas comblé ce déficit.

Le « on tape sur la puissance de pointe toute la saison » ne produit pas les meilleurs gains chez les sprinters piste. C’est en développant la capacité d’abord, puis la vitesse dans les dernières semaines, que surviennent les plus grands progrès.

Trois enseignements pour l’entraîneur

  • D’abord, tracer périodiquement la puissance sur 30 s contre celle sur 2 min : la position par rapport à la ligne dit ce qui manque.
  • Ensuite, planifier « du long au court » quand la capacité manque : bâtir le 2 min avant le 30 s.
  • Enfin, ne pas s’obstiner sur le pic chez un athlète déjà au-dessus — son déficit est la capacité à répéter les manches.

Réserves

  • 25 hommes
  • données Strava
  • aucune femme
  • étude observationnelle

Chez le sprinter piste, la vitesse pure ne suffit pas.


SOURCE SCIENTIFIQUE


En partenariat avec la Fédération Québécoise des Sports Cyclistes


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Guy Thibault

Professeur associé à l'École de kinésiologie et des sciences de l'activité physique, Faculté de médecine de l’Université de Montréal, Guy a été, de 2017 à 2022, directeur des Sciences du sport de l’Institut national du sport du Québec. Ses deux derniers livres sont des succès de librairie : Entraînement cardio, sports d’endurance et performance ; et En pleine forme, conseils pratiques pour s’entraîner et persévérer.

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