Une analyse mathématique de profils puissance-durée chez des cyclistes de haut niveau indique que la puissance aérobie maximale (PAM) chute au fil d’une course, et que l’indice d’endurance (E) du modèle de Péronnet et Thibault prédit à lui seul les trois quarts de cette diminution.
À retenir
La puissance aérobie maximale (PAM) diminue beaucoup sous la fatigue d’une course de cyclisme sur route. L’indice d’endurance (E) issu du modèle de Péronnet et Thibault explique à lui seul 75 % de la variance de cette dégradation entre cyclistes.
Deux coureurs partis avec la même PAM en état de fraîcheur ne finiront pas avec la même PAM une fois fatigués, et c’est E qui départage.
Jérémy Briand, Frédéric Grappe, Victor Scholler, moi-même et Jonathan Tremblay (École de kinésiologie et des sciences de l’activité physique, Université de Montréal, en collaboration avec l’équipe Groupama-FDJ United et l’Université Marie-et-Louis-Pasteur) avons appliqué le modèle mathématique de Péronnet et Thibault aux profils puissance-durée de coureurs World Tour, Continental et Junior. La méthode : comparer les profils obtenus à l’état frais à ceux mesurés après un travail préalable substantiel (plusieurs heures), afin de quantifier séparément la baisse de la PAM, de la capacité anaérobie et de l’indice d’endurance.
RÉSULTATS SAILLANTS
Sous fatigue accumulée (dépense énergétique totalisant au moins 50 kJ/kg), la PAM estimée baisse en moyenne de ~12 % – c’est beaucoup! Deux coureurs avec des PAM en état de fraîcheur quasi identiques (par exemple 464 et 461 W) peuvent afficher un écart d’une cinquantaine de watts après plusieurs heures d’effort selon leur indice d’endurance de départ. Une analyse statistique (modèle mixte linéaire) confirme que E est un prédicteur indépendant, une fois la PAM initiale et le travail préalable contrôlés.
L’indice E à lui seul explique 75 % de la variance de la baisse de PAM entre coureurs. C’est massif : un cycliste au profil endurant préservera son aptitude aérobie bien mieux qu’un pistard reconverti sur route, à PAM fraîche égale. La relation tient aussi chez les Juniors.
Réserves :
- cadre observationnel sans intervention,
- données provenant de wattmètres sans mesure directe de la consommation maximale d’oxygène (VO2max) pendant l’effort.
Connaître l’endurance (E) chiffrée à l’aide d’un modèle théorique permet d’anticiper la dégradation en course longue, d’où la possibilité de raffiner les rôles tactiques selon la durabilité.
SOURCES SCIENTIFIQUES
- Péronnet and Thibault’s endurance index predicts maximal aerobic power deterioration over prolonged cycling duration (2026). Briand, J., Grappe, F., Scholler, V., Thibault, G., & Tremblay, J. Présenté au Science & Cycling Conference 2026, 1-2 juillet 2026, Barcelone.
- The Peronnet–Thibault mathematical model applied to the record power profile in cycling (2011). Pinot, J., & Grappe, F. (2011).
- Mathematical analysis of running performance and world running records (1989). Péronnet, F., & Thibault, G.
En partenariat avec la Fédération Québécoise des Sports Cyclistes







Merci pour cet article instructif !
L’effet de la fatigue accumulée sur la baisse de la PAM ne dépend-elle pas aussi du type d’efforts consentis pour la produire ? Selon qu’il s’agisse d’accélérations violentes pour réagir aux attaques ou bien de plusieurs heures passées dans la bulle du peloton avant de passer à l’action, n’y a-t-il pas un effet différent pour une même dépense énergétique ?
Bonne semaine,
Bernard
Oui, le type d’effort influence l’impact de la fatigue sur la PAM. Votre intuition reflète une limite clé du profil de puissance actuel : il isole les données des fichiers .fit sans intégrer le contexte tactique (ex. : accélérations brutales vs. heures en peloton) ni la durabilité (ex. : baisse de puissance après 20–40 kJ/kg accumulés).
Les chercheurs Leo et al. soulignent d’ailleurs que la prochaine étape est précisément d’analyser la fatigue en situation réelle, en croisant puissance, placement dans le peloton et stratégie de course. Ainsi, une même dépense énergétique n’aura pas le même effet selon qu’elle résulte de pics explosifs ou d’un effort prolongé en groupe.
Leo, P., Spragg, J. et Mujika, I. (2021). Power profiling in professional road cycling – The past, the present and the future. Journal of Science & Cycling, 10(1), 1-3. DOI : 10.28985/1221.jsc.01 http://www.jsc-journal.com/index.php/JSC/article/view/711