Profil de puissance : une sortie remplace-t-elle une saison?

Le profil de puissance record (PPR) est une courbe qui résume ce qu’un cycliste peut produire de meilleur : en abscisse, la durée de l’effort (de quelques secondes à plusieurs heures); en ordonnée, la puissance maximale qu’il a déjà soutenue sur chacune de ces durées. On obtient ce profil (cette courbe) normalement en épluchant des mois de données d’entraînement et de compétition. Une équipe suisse a testé si un seul test de terrain bien conçu pouvait s’y substituer.

À retenir

Chez huit cyclistes élites, un test de terrain à cinq efforts maximaux successifs (5 s, 12 s, 30 s, 5 min, 20 min) reproduit très étroitement les meilleures puissances de la saison — mieux qu’un chrono de compétition, presque aussi bien qu’une longue collecte de données d’entraînement.

Une séance efficace pour bâtir un profil, à condition d’en connaître les biais.

Le profil de puissance record (PPR) cartographie la meilleure puissance qu’un cycliste peut produire sur toutes les durées. Sa faiblesse : il exige des mois de données. Màrius Pujol et Raphaël Faiss, de l’Université de Lausanne, publient dans le Journal of Science & Cycling une étude vérifiant si un seul test de terrain suffit. Huit cyclistes élites masculins (23,8 ans, PAM 6,8 W/kg — six routiers, deux coureurs de vélo de montagne de l’équipe nationale suisse) ont enchaîné, en une sortie, cinq efforts maximaux : 5 s, 12 s, 30 s, 5 min, 20 min.

Sur douze mois, 2 500 fichiers ont été comparés aux puissances du test. Les corrélations sont fortes — avec les meilleures puissances d’entraînement de la saison comme avec celles atteintes en compétition. Deux biais toutefois. Sur les efforts courts (12 s, 30 s), le test dépasse nettement les valeurs de compétition (~+110 W) : la course impose des contraintes tactiques absentes du test. Sur les efforts longs (5 et 20 min), le test sous-estime légèrement les meilleures puissances d’entraînement (–4 % en moyenne), sans doute par fatigue accumulée en fin de protocole. Sur toute la saison, 55 % des meilleures puissances sont apparues à l’entraînement, 27,5 % au test, 17,5 % en compétition.

Un test unique suffit donc pour caractériser un profil de puissance, à condition d’en connaître les biais.

Trois enseignements pour l’entraîneur

  • D’abord, cinq efforts échelonnés en une séance — parcours choisi, récupérations libres — suffisent à bâtir un PPR fiable.
  • Ensuite, isoler la mesure sur 20 min : la faire un jour à part pour éviter la fatigue de fin de protocole et obtenir la vraie meilleure puissance sur cette durée.
  • Enfin, ne pas confondre puissance en test et puissance en course : sur 12-30 s, la compétition impose systématiquement moins que le potentiel physiologique.

Réserves

  • 8 athlètes
  • uniquement des hommes
  • mélange route et vélo de montagne
  • protocole non standardisé

Le meilleur test reste la saison entière, mais une bonne séance bien découpée fait déjà l’essentiel du travail, à condition que la motivation à se donner à fond soit au rendez-vous.


SOURCE SCIENTIFIQUE


En partenariat avec la Fédération Québécoise des Sports Cyclistes


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Guy Thibault

Professeur associé à l'École de kinésiologie et des sciences de l'activité physique, Faculté de médecine de l’Université de Montréal, Guy a été, de 2017 à 2022, directeur des Sciences du sport de l’Institut national du sport du Québec. Ses deux derniers livres sont des succès de librairie : Entraînement cardio, sports d’endurance et performance ; et En pleine forme, conseils pratiques pour s’entraîner et persévérer.

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