On sait depuis des décennies que 40 à 50 % de la force pédalée est « inefficace ». D’où l’obsession de « pédaler en rond ». Un biomécanicien australien fait le procès de cette recette et suggère aux entraîneurs de dépenser leur temps ailleurs.
À retenir
Chercher à mieux orienter la force sur les pédales — « pédaler en rond » — se traduit dans les études par une meilleure métrique d’efficacité, mais SANS gain de performance en course; parfois même une baisse de rendement.
Le geste naturel est un compromis entre biologie et mécanique.
Rodrigo Bini, biomécanicien à La Trobe University (Australie), signe dans le Journal of Science & Cycling un éditorial provocant sur l’entraînement de la technique de pédalage. Format : synthèse d’auteur en cinq sections, appuyée sur une vingtaine de références en biomécanique et physiologie musculaire.
La question : entraîner un cycliste à mieux appliquer sa force sur les pédales (réduire les 40-50 % de forces radiales dites « inefficaces ») améliore-t-il vraiment la performance?
Les études qui comparent technique et performance ne concordent pas. Les professionnels affichent une meilleure efficacité de force que les débutants, mais Coyle et coll. (1991) avaient noté que les meilleurs cyclistes avaient parfois la « moins bonne » technique. Le seul essai prospectif à ce jour — 8 séances de technique, 4 km CLM — a bel et bien augmenté l’efficacité de force, sans effet sur la performance. Pire, imposer de réduire les forces radiales fait perdre puissance et force totales : forcer le geste met en défaut le recrutement musculaire naturel. L’entraînement à une jambe fait grimper l’efficacité à 71 % contre 54 %, mais avec baisse du rendement. Physiologiquement : l’organisme ne recrute pas pour « pédaler en rond », mais pour produire un maximum de puissance au moindre coût.
Le message pratique
Le temps consacré à corriger la technique pourrait être mieux dépensé ailleurs.
Trois enseignements pour l’entraîneur
- D’abord, arrêter de vendre au cycliste l’idée qu’il « pédale mal » parce que son efficacité tombe à 50 % : c’est le compromis physiologique normal.
- Ensuite, réorienter les routines techniques vers du travail à valeur ajoutée démontrée : intensité, entraînement par intervalles et musculation.
- Enfin, si l’on tient à un exercice technique, préférer l’entraînement à une jambe : il modifie le profil oxydatif du muscle vaste latéral sans exiger la perfection du geste.
Réserves
- éditorial d’opinion
- les essais randomisés sur la technique sont pratiquement absents.
La « belle technique » ne fait pas gagner : ce qui fait gagner, c’est de produire des watts longtemps, même en pédalant « imparfaitement ».
SOURCE SCIENTIFIQUE
- Biology vs. mechanics : The missing link between force effectiveness and performance in road cycling (2024). Bini, R. R.
En partenariat avec la Fédération Québécoise des Sports Cyclistes





