La fréquence cardiaque maximale n’augmente pas avec la forme

Plusieurs sportifs s’imaginent encore que le plafond cardiaque s’élève au fur et à mesure que l’on améliore son aptitude aérobie. C’est une idée reçue tenace.

À retenir

La fréquence cardiaque maximale (FCmax) est déterminée par l’âge et la génétique; elle ne progresse pas avec l’entraînement. L’amélioration de la condition physique se traduit plutôt par une augmentation du volume d’éjection systolique, ce qui abaisse la fréquence cardiaque à intensité sous-maximale.

Pour le suivi, il est préférable de privilégier des mesures directes (seuils ventilatoires) plutôt que des formules théoriques.

En réalité, l’entraînement régulier ne fait pas monter la fréquence cardiaque maximale (FCmax). Elle reste stable ou diminue même légèrement avec la forme, avant de remonter en cas de réduction marquée de l’activité.

Cette confusion vient d’une observation réelle, mais mal interprétée sur le terrain. Au fil des semaines, la fréquence cardiaque nécessaire pour soutenir une même puissance sous-maximale baisse, parfois de 10 à 15 battements par minute. Beaucoup en concluent à tort que le cœur, étant plus fort, possède la réserve nécessaire pour grimper plus haut.

La réalité physiologique est différente : ce qui s’améliore, ce n’est pas le plafond du moteur, mais le volume de sang éjecté par le cœur à chaque battement (le volume d’éjection systolique).

La FCmax dépend essentiellement de l’âge et de facteurs génétiques. Elle se détériore inévitablement au rythme très lent mais régulier d’environ 0,7 battement par année.

Bien qu’elle soit estimée dans les salles de sport par la formule classique 220− âge, la méta-analyse de Tanaka (2001) a validé une équation nettement plus précise pour les adultes en bonne santé : 208−(0,7× âge).

Toutefois, la variabilité interindividuelle pour un même âge reste importante (l’erreur type peut facilement atteindre une dizaine de battements en plus ou en moins). Une telle marge d’erreur décale complètement les zones d’intensité. C’est pourquoi un entraîneur ne devrait jamais calibrer les zones d’un athlète sur une formule théorique, mais plutôt privilégier une mesure directe lors d’un test d’effort progressif et maximal, ou s’appuyer sur des repères précis comme les seuils ventilatoires et la fréquence cardiaque de réserve.

Sur le plan pratique, il est inutile de tester la FCmax à chaque cycle de préparation, car cette valeur de référence reste valable sur une longue période. En revanche, une mise en garde s’impose : si la fréquence cardiaque d’un athlète augmente soudainement pour un effort sous-maximal habituel, ou si sa FCmax semble grimper anormalement par rapport aux valeurs de référence de début de saison, il ne s’agit pas d’un gain de forme. C’est généralement le signal d’alarme d’un état de désentraînement ou d’une baisse transitoire du volume plasmatique.

Par ailleurs, il convient de bannir l’expression « rythme cardiaque », imprécise, au profit du terme exact de « fréquence cardiaque ». Enfin, si le test d’effort maximal est la mine d’or du physiologiste, il requiert d’atteindre une détresse cardio-respiratoire aiguë. Ce type d’évaluation terminale ne doit être mené que sur des athlètes ne présentant aucune contre-indication médicale, idéalement sous supervision, afin de ne pas exposer un organisme fatigué ou potentiellement à risque à un stress physique excessif.


SOURCES SCIENTIFIQUES


En partenariat avec la Fédération Québécoise des Sports Cyclistes


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Guy Thibault

Professeur associé à l'École de kinésiologie et des sciences de l'activité physique, Faculté de médecine de l’Université de Montréal, Guy a été, de 2017 à 2022, directeur des Sciences du sport de l’Institut national du sport du Québec. Ses deux derniers livres sont des succès de librairie : Entraînement cardio, sports d’endurance et performance ; et En pleine forme, conseils pratiques pour s’entraîner et persévérer.

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